Decorum / MAM

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Malgré un intitulé protocolaire, Decorum ne déroulera pas de tapis rouges. Vous foulerez plutôt une carpette de pneus de caoutchouc, signée Présence Panchounette. Vous l’aurez compris, tissés de main d’artistes, tapis et tapisseries se présentent sous toutes les coutures.

Vu sous l’angle pictural, le point noué devient une matière à impressions. Voir Fatigues de Nina Beier, un plan où circulent des couleurs et des humeurs indéfinissables. Le support est retravaillé à la manière pointilliste par teintures / colorants / pigments / décolorants. En contrepoint, Solarisation de Pierre Buraglio fait vibrer l’orangé pur, à la manière de Rothko. En 1938, Picasso élabore le « carton » de Femmes à leur toilette  à partir de collages de papiers peints découpés. Au centre du tableau, le tressage d’une chevelure et un jeu de miroir. La question est ouverte : la tapisserie serait-elle un ouvrage de patience, d’essence féminine ?

Des éléments de réponse à travers le travail de Rosemarie Trockel qui, en féministe convaincue, détourne ce médium très connoté. Dans la section des tapisseries sculpturales, elle présente un tapis recroquevillé. Presque un pompon informe baptisé fort à-propos Sans titre. Le fil rouge de l’identité féminine ressurgit chez Louise Bourgeois, dans un assemblage textile où biais et rubans de tulle tracent un caractère chromosomique  indéchiffrable, et aussi dans les cocons obsessionnels de Judith Scott…

Les pièces de l’exposition s’émancipent de la planéité et de la platitude du décoratif. Les avant-gardes du XXème siècle, comme le Bahauss, revisitent cet art appliqué dans l’optique d’un art total. Les contemporains l’adoptent comme medium à part entière. Moustach-Eagle de Caroline Archaintre enchevêtre les images d’oiseau, de masque et d’une moustache toute masculine. Cette œuvre au caractère artisanal dégage une charge émotionnelle puissante, quasi chamanique. Dans la même veine, Françoise Gianessini transmue un tapis en une sorte de peau laineuse recélant quantité de plis et de mystères : Maldoror.

L’exposition se réfère abondamment aux traditions séculaires, tissage coptes ou précolombiens, iraniens ou caucasiens, kilims… La collection de Michel Aubry, présentées aux murs selon l’usage oriental, montrent des tapis de guerres ornés de motifs de chars, kalachnikovs ou même du profil de Lénine. Commandes de soldats soviétiques aux locaux, en souvenir des guerres soviétiques en Afganistan. Un cérémonial bien peu orthodoxe !

Au total, une centaine de pièces sont exposées. Aucune ne fait tapisserie.

Decorum / Exposition de tapis et tapisseries d’artistes au MAM – Jusqu’au 9 février

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