Mathieu Pernot – La Traversée / Jeu de Paume

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Point d’entrée dans La Traversée de Mathieu Pernot, une mosaïque de photographies où l’on peut identifier progressivement une sorte de héro transversal, Giovanni. En contrepoint, l’image d’une caravane en flammes ouvre une une ellipse béante. Où l’on va se faufiler pour transiter dans l’entre-deux.

Cette exposition couvre quelques décennies d’une œuvre aux frontières du reportage documentaire et de la narration. Mathieu Pernot s’appuie sur le medium photographique mais aussi des documents révélateurs d’une mémoire refoulée. Sa trajectoire n’est pas linéaire mais progresse à travers des séries, aimantées les unes aux autres par des liens que l’on va déceler graduellement.

D’entrée, le regard bute sur une série carcérale, traitée en non-couleur. Huit cellules d’isolement sont les théâtres clos de sensations dénuées de toutes perspectives. L’espace vide est méthodiquement quadrillé de barreaux et grillages, à la manière d’un tableau de la Renaissance. Mais aux Beaumettes ou à Fleury-Mérogis, toute ligne de fuite est bannie. Accrochés en écho sur le mur attenant, des portraits de Hurleurs tentant de communiquer avec les détenus par-delà les murs. L’oeil attentif peut remarquer la présence de Giovanni, que l’on détecte aussi parmi les Photomatons, au milieu d’autres enfants Tsiganes.

Mathieu Pernot guette la faille, la déshérence, l’instant où une barre d’immeubles implose et se réduit en un nuage de poussière quasi-pictural. Héritier de la tradition, il photographie des Fenêtres. Son objectif s’immisce dans les trouées de ces murs pelés où le papier peint en lambeaux est le vestige d’un foyer. Il retranscrit le fantasme des cités radieuses en agrandissant des cartes postales publicitaires colorisées, entretenant le flou sur une présence humaine dissoute dans la trame de ces grands ensembles.

Au-delà de la photographie, il sait recueillir les récits des bohémiens survivants du camp nazi de Saliers. Il sait gagner la confiance d’esseulés : il expose des cahiers narrant en farsi l’exil des Afgans fuyant un régime oppressif. Mathieu Pernot nous fait rentrer dans les mémoires et les cercles intimes de communautés en marge. Jusqu’à la flamboyance d’une roulotte qui se consume selon les rites funéraires tsiganes. Il accompagne Giovanni sur des territoires déroutants, dont il livre une cartographie fascinante.

Vers le site de Mathieu Pernot

La Traversée – Exposition de Mathieu Pernot / Jusqu’au 18 mai au Jeu de Paume

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