Sur les traces de Cy Twombly

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Face à une toile de Cy Twombly, l’œil se perd dans un enchevêtrement de lignes et de traits nerveux, peine à trouver un fil conducteur ou une composition claire. Jusqu’à ce qu’il rencontre un fil électrique branché sur haut voltage qui lui communique ses influx. Ou bien qu’il discerne avec du recul un autre œil inscrit dans la matière, comme un neurone miroir. Tel peut être le propos de cette première toile à l’intitulé flou : Untitled.

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La peinture de Cy Twombly ne se décode pas facilement, elle brouille les pistes. C’est avec l’instinct qu’il faut la regarder. Elle révèle l’énergie du geste et rend le repentir apparent, souligne des points de détails comme cette goutte de peinture accidentelle entourée à la mine de plomb, qui est peut–être essentielle. Elle diffuse des bribes de phrases ou isole un mot fondamental. Elle fusionne le trait avec la coulure, la graphie avec le flottement, le fond avec la forme. Insaisissable, elle devient progressivement familière comme peut l’être une écriture manuscrite. L’œuvre de ce peintre, passé en 1950 par l’école avant-gardiste du Black Mountain College et par un voyage initiatique en Europe, fluctue entre les courants américains de son temps – l’action painting, l’expressionnisme abstrait, le minimalisme – et les sources de la culture classique européenne.

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L’exposition rétrospective présentée à Beaubourg réunit exceptionnellement trois cycles monumentaux qui ont traversé l’œuvre de Cy Twombly et nous marquent de façon indélébile. Nine Discours on Commodus (1963), réalisé après l’assassinat de Kennedy traduit la sauvagerie de l’histoire, dans une énergie contenue. Le sang semble gicler de la toile, la peinture paraît apposée à mains nues, les états de la matière prennent à bras le corps ceux de l’âme. Dans Fifty Days at Iliam (1978), la Guerre de Troie se déroule sur fond d’émotion. Les dieux sont invoqués dans une litanie de lettres fragiles et les guerriers sont réduits à des formes tremblantes dévastées. Le cycle Corronation of Sesostris (2000) montre la course du dieu Râ à travers des formes archétypales, soleils ou embarcations aux tracés presque enfantins, dans une puissance chromatique intense.

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Grâce à l’accrochage chronologique, on mesure combien la gestuelle de Cy Twombly monte en puissance au fil du temps. Sensuelle et impulsive, elle a le pouvoir de retranscrire les lumières des saisons et les mutations permanentes de la matière, que ce soit la consistance des nuages sur l’éther ou la chair des pivoines en fleurs. On est pris dans une déflagration picturale, où la forme implose et s’amplifie sans limite. Pan.

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Exposition Cy Twombly – Rétrospective au Centre Pompidou / Jusqu’au 24 avril

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