Les écrans d’Angela Grauerhoz, écrins de notre mémoire collective

angela-grauerholz-centre-culturel-canadien

L’écran du viseur d’Angela Grauerholz recueille comme une matière précieuse les atmosphères déroutantes de lieux désertés. Les grands formats floutés nous conduisent vers des impressions de déjà-vu. Ces espaces vacants pourraient parfois être confondus avec les décors colorés d’un cinéma à la Jacques Demy, ou des intérieurs à la Matisse, fusionnant des motifs hauts en couleur. Ici, on croit reconnaître l’ambiance de la demeure autrefois habitée par Victor Hugo, Place des Vosges. Là, on pourrait attribuer ce tableau mettant en scène un pied dénudé fuselé à Fragonard… Subtilement, le cadrage produit des décalages dans les perceptions et nous égare parfois.

Si l’accrochage semble aléatoire au premier coup d’œil, ces souvenirs diffus que l’on s’approprie se raccordent mentalement. Le monochrome vermillon reflété dans un miroir impartial répond au bleu électrique diffusé derrière un rideau de scène clos. Le papier peint suranné et son rideau fleuri assorti émergent d’un autre âge, tandis que la tapisserie vieillotte d’un fauteuil se fond dans les décors nostalgiques de nos souvenirs. Les volutes des boiseries anciennes, les drapés des étoffes lourdes ou d’autres détails sont le sujet de ces clichés énigmatiques. Une incitation à prendre conscience de l’âme des lieux que l’on traverse. Une partie des photographies présentées documente des ouvrages rescapés d’un incendie, comme un travail de mémoire.

angela-grauerholz-ecrins-ecrans-2-jpeg  angela-grauerholz-ecrins-ecrans-4

A dessein, l’accrochage construit des mises en abîme et enchâsse nos sensations. Une cage d’escalier rétro-éclairée renvoie à la volée de marche qui mène au premier étage de l’hôtel particulier. Sur une image, la présence fugitive dans un salon d’apparat renvoie à notre propre présence en ces lieux.

angela-grauerholz-ecrins-ecrans

Écrins Écrans – exposition de photographie d’Angela Grauerholz / Centre Culturel Canadien – Entrée libre jusqu’au 24 mars.

L’exposition est organisée en partenariat avec la Galerie Françoise Paviot et avec le soutien du Scotiabank Photography Award.

Publicités

Un commentaire

  1. larminat · février 1

    Encore un texte subtil comme on les aime.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s