The sleeping green, quand la mémoire affleure des champs de bataille

 

Lumineux et désertiques, ces paysages ouvrent des abîmes de questionnements. La terre enfouit-elle une mémoire au plus profond de ses entrailles ? La photographe canadienne Dianne Boss a arpenté la zone frontalière entre la France et la Belgique et sondé les champs de batailles du front Ouest, saignés par des réseaux de tranchée lors de la Première Guerre Mondiale. Elle est passée là où le fil des saisons suture peu à peu les traces de cicatrices à peine refermées.

Présentés dans des cadres noirs à la façon de faire-parts de deuil, ses grands formats carrés embrassent des espaces désolés où le souvenir affleure par rafales sporadiques. Un halo créé une déflagration dans l’image, la brume s’opacifie par moment et brouille la vue, des appels d’air semblent perforer le ciel, des constellations d’étoiles se présentent comme des échappatoires entre flash et trou noir… Sillonné de tranchées, le paysage est criblé de symboles. En ligne de mire : un champ éphémère de coquelicots rouge sang ou un fantomatique troupeau de moutons sacrificiels.

Exploitant les techniques argentiques, la photographe greffe à ses tirages des éléments issus de ce terrain mortifère. Ils se révèlent par surimpression lors du développement telle cette poignée de fleurs fraîches jetée par dessus un cratère. Ça et là, des herbes coupées créent des effets de transparence, ouvrant des profondeurs insoupçonnées. La beauté éthérée détonne sur fond de mémoire de plomb.

The sleeping green. Un no-man’s land cent ans après – Exposition de photographies de Dianne Bos / Centre Culturel Canadien – Jusqu’au 8 septembre

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Medusa, bijoux ou tabous ?

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Si vous cherchez la perle rare parmi les expositions parisiennes du moment, vous visiterez Medusa Bijoux et tabous avec les yeux brillants. Et vous ne regarderez plus jamais les colliers, bracelets ou autres bagues de la même façon. Il est des bijoux que l’on arbore, d’autres que l’on exhibe, d’autres que l’on se refuse à enlever, d’autres que l’on offre rituellement… Toutes ces facettes, et d’autres plus transgressives, sont présentées à travers un ensemble de plus de 300 pièces.

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Quatre sections scrutent à la loupe le statut des bijoux, depuis de rares specimens archaïques jusqu’aux créations contemporaines. Identités et subversions met l’accent sur les codes de reconnaissance – Valeurs et contre-valeurs réunit des pièces de joaillerie comme de la pacotille – Corps et sculpture oscille entre les ornements au service du corps et l’émancipation des formes dans le bijou d’artiste – Rites et fonctions invoque la pensée magique ou l’usage dont sont investit certains bijoux.

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Laissez-vous guider par ce discours savant sur les parures, ou par vos coups de cœur et votre étonnement face à des modèles inoubliables. Le sautoir de Gabrielle Chanel, réédité par Karl Lagerfeld, qui habille une tenue toute entière. Le vénéneux et tentateur « Collier Serpent » de la Maison Cartier. Un collier d’esclave du 19ème et une version moderne de Louise Bourgeois. « L’Étoile filante » de Chanel Joaillerie, qui s’affranchit des lignes classique du collier en dégageant le cou. Une contraignante coiffure perlée de dame de la dynastie Qing. Les broches « Oiseau en cage » et « Étoile jaune » de Cartier qui témoignent des heures sombres de la deuxième guerre mondiale. Un collier de nouille à haute valeur sentimentale. Des bijoux-prothèses comme cette extension de bec de pigeon, qui donne à un volatile commun des allures de rapace. Les importables bijoux de langue d’Emmanuel Lacoste. Une fleur toxique de Victoire de Castellane, reposant sur un coussinet de pierre. Un collier pour enfant en ambre, aux vertus supposées protectrices et une série d’amulettes. Les tubes perlés de Hubert Duprat ouvragés minutieusement par des insectes. Des bagues à poisons, à parfum, à eau, à tricheur… Et tant d’autres joyaux dont certains vous laissent pétrifié !

Medusa, bijoux et tabous – Exposition au Musée d’Art Moderne de Paris – Jusqu’au 5 novembre

© Les photos sont issues du site du Musée D’Art Moderne

À pied d’œuvre(s) à la Monnaie de Paris

Pendant des siècles, la sculpture s’est érigée vers le ciel, a cherché à se déployer librement dans l’espace et à prendre son envol, du haut de son socle. Mais dans ce parcours résolument moderne, sa dimension horizontale ainsi que sa proximité avec le sol tissent un autre fil conducteur. À l’occasion des 40 ans du Centre Pompidou, un ensemble représentatif, issu des collections permanentes du musée, est présenté dans les salles d’exposition de la Monnaie de Paris.

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Bascule des plans et rupture d’échelle s’imposent d’emblée. Dans l’escalier d’honneur vous  levez les yeux et contemplez une vidéo survolant l’immense Jetée de Smithson posée sur l’étendue du Grand Lac Salé en Utah. Une oeuvre maîtresse du Land Art, qui épouse la réalité du terrain. Sur le dallage du vestibule une œuvre de Michel Blazy est livrée au moindre souffle d’air et au principe de transformation constante.Comme une apologie de la légèreté, elle serpente librement. Après avoir franchi un rideau, vous plongez en immersion et en apesanteur dans les projections évanescentes de Pipilotti Rist, qui semblent rebondir sur l’écran constitué par le sol.

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Spectaculaire, Red Angel of Marseille (James Lee Byars) vous ramène à un ordonnancement symétrique qui répond à l’agencement classique du salon d’apparat et à l’ovale du ciel peint au plafond. Ces volutes constituées de 1000 sphères de verre grenat jouent avec la lumière, se laissent traverser ou bien renvoient les reflets des fenêtres qui ponctuent les murs. À vous de multiplier les points de vue pour mieux appréhender cette forme éclatée.

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Salle Jean Varin sont réunies 3 sculptures-manifestes qui remettent radicalement à plat les principes de la verticalité de la sculpture. RP3, Ci-gît l’espace d’Yves Klein se veut la mort annoncée d’une spatialité classique. Trébuchet de Marcel Duchamps se présente comme un porte-manteau cloué au sol. Il renverse le positionnement et la fonctionnalité habituelle de l’objet en lui faisant acquérir la dimension artistique du ready-made. La poignante Femme égorgée de Giacometti, mord pitoyablement la poussière et toise de haut, non sans pitié.

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Installées dans le cadre séculaire de la Monnaie de Paris, ces œuvres singulières acquièrent par contraste un supplément de lisibilité. La géométrie rigoureuse des 158 segments disposés par Carl André vient se superposer aux motifs réguliers du parquet, dans un subtil décalage. La spirale de Tony Crag se love dans la rotondité de la Salle Babut de Rosan avant de se dilater progressivement.  La pesanteur des œuvres minérales d’Ulrich Rückriem ou de Tatiana Trouvé se confronte directement au marbre imposant d’une cheminée. L’œuvre performative de Jochen Gerz vous ancre dans le sol et vous oblige à vous positionner parmi ces oeuvres. Vous êtes au pied du mur.

À pied d’œuvre(s) – exposition à la Monnaie de Paris / jusqu’au 9 juillet

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A l’Aquarium de Paris, les artistes font des vagues

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Lové discrètement dans les sous-sols du Trocadéro, l’Aquarium de Paris conserve des spécimens de toute beauté évoluant derrière des parois de verre panoramiques. On y contemple des mérous peu farouches, des murènes qui glissent à la façon de reptiles, des méduses phosphorescentes venues des abysses, des homards bleus en sommeil, des massifs de posidonies agités par les courants et mille autres splendeurs animales ou végétales… Le parcours invite à se plonger dans toutes les mers du monde, depuis celles de la métropole jusqu’aux eaux des outre-mers. Spiralé comme un bigorneau, il conduit jusqu’au monde des requins. Ce vivier monumental (le plus important d’Europe) est traversé par un tunnel où l’on approche de très près les squales !

Ce cadre impressionnant est propice à sensibiliser tous les âges à la sauvegarde des océans. L’Aquarium de Paris accueille une exposition témoignant de l’action menée par l’Association GhostNet, qui réunit des artistes australiens luttant activement contre l’accumulation de « filets fantômes », à quelques encablures de la Grande Barrière de Corail. Des pêcheurs peu scrupuleux s’en débarrassent, les laissent dériver et s’accumuler, causant ainsi la mort de poisson-scies, tortues, pieuvres ou autres espèces protégées. L’association récupère ces funestes filets, et des artistes engagés les recyclent dans des sculptures à l’effigie des disparus. Un hommage fort, quand on sait que, selon la croyance aborigène, tuer un animal équivaut à tuer l’esprit d’un homme défunt qui s’y réfugie.

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Pour lutter contre la mort des coraux, la photographe Hélène Ash utilise une arme de dissuasion massive : la beauté. Elle capte inlassablement le détail des formes et les nuances parfois fluorescentes des massifs coraliens, qu’elle restitue dans la série La traversée des Apparences. La beauté sauvera-t-elle le monde sous-marin ? Autre point de vue à suivre, celui de l’artiste Codex Urbanus. Il orne les murs de ses créatures marines chimériques, qui rappellent parfois les tatouages des marins et de tous ceux qui, toujours, chériront la mer…

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Corail, cœur de vie – Parcours artistique / jusqu’au 30 septembre à L’Aquarium de Paris

 

Echappées belles à l’exposition Jardins du Grand Palais

La sève monte. En phase avec l’arrivée du Printemps, le Grand Palais ouvre une exposition intitulée Jardins. Essentiellement un tour d’horizon des jardins français. Sans parti pris chronologique ou didactique, le parcours multiplie les perspectives en y greffant les contributions de botanistes, de joaillers, d’artistes classiques, de plasticiens contemporains, de photographes, de cinéastes, de paysagistes… A tel point que l’on a parfois l’impression de circuler dans un labyrinthe touffu, à l’image de celui du parc du château de Versailles. Devant l’homme, la nature reprend ses droits, et ce sont des visions changeantes et insaisissables qui sont offertes. Dans les salles, les bancs circulaires de Tectona  nous incitent à une contemplation à 360 degrés.

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On entre dans cette exposition-promenade par le Square Jean Perrin, après avoir contourné le parterre central où trône le Pot d’Or monumental érigé par Jean-Pierre Raynaud. Dès la première galerie, nos pas suivent les confrontations spatio-temporelles de l’accrochage : une fresque naturaliste issue de Pompéi fait face à une toile de Penone caractérisée par un enchevêtrement vivace de traces d’écorces, collectées par la technique du frottage. Les Texturologies – ombreuses, rousses ou ocrées – de Dubuffet contiennent en germe les nuances de la Bibliothèque de terres / Loire de Koïchi Kurita, qui s’étendent au sol. On cueille des yeux les joyaux floraux figuratifs des maisons Van Cleef & Arpels et Cartier. Puis, dans la vitrine voisine, de modestes corolles immortelles en perles de rocaille ayant orné des couronnes funéraires.

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Les salles proposent des entrées thématiques sur l’art du jardin. Belvèdère déploie les vues plongeantes des peintures panoramiques des parcs des grands domaines de Versailles ou Saint-Cloud. Allée nous fait circuler à travers les plans d’origine de ces jardins à grande échelle. Promenade nous projette devant les chevalets des peintres d’extérieur, impressionnistes et maîtres de la lumière tels Bonnard, Morisot, ou Caillebotte…

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Comme dans un parc, on se sent en osmose avec la vigueur des compositions : La petite touffe d’herbe de Durër, vivant microcosme, la fontaine cristalline de la Grotta Azzura en verre soufflé édifiée par Othoniel, les papiers découpés d’où germent Les Acanthes de Matisse, la série des iris charnelles de Neu, les plate-bandes abstraites de Klee, la Vue du Grand canal sous l’orage photographiée par Leroux, les figures du jardiniers interprétés par Cézanne, Dubuffet ou Clauss … Au cours de nos allées et venues parmi cette profusion d’oeuvres, on mesure combien la fascination des artistes pour la nature est un terreau fertile.

Exposition Jardins – Dürer, Picasso, Watteau, Fragonard, Monet, Matisse, Bonnard, Kubrick… / jusqu’au 24 juillet au Grand Palais

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Strings de Keita Mori, panoramique sous haute-tension

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Rive Droite, ouverture du Drawing Lab, un vaste espace de 150 m2 consacré au dessin contemporain. Ce white cube est directement rattaché au Drawing Hôtel, créant une porosité bienvenue entre arts graphiques et art de vivre. Le salon de thé qui s’ouvre sur un patio paysagé est bien tentant après la visite de l’expo…

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L’exposition inaugurale Strings de Keita Mori fait écho au travail de Chiharu Shiota au Bon Marché Rive Gauche (prolongé jusqu’au 2 avril). Le fil textile est le medium commun qui relie ces 2 artistes japonais. Tous deux ont une capacité incroyable à s’emparer de l’espace et à le transformer en utilisant ce modeste moyen. En tendant des fils de soie, de coton ou de laine, qu’il fixe avec un pistolet à colle, Keita Mori déroule sur les murs des paysages architecturés, qui prennent corps par les effets conjugués de la perspective et de la projection axonométrique. Ces espaces construits de façon elliptique mettent à plat la troisième dimension et perdent l’œil dans des lignes fuyantes, éclatées.

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Dans cette fresque panoramique en trompe l’œil, la réalité tient à un fil. Keita Mori détricote une couverture en point mousse, une chemise à rayure ou d’autres effets personnels abandonnés par les migrants pour dessiner le planisphère de notre monde en pleine reconfiguration. Une vision tout en tension et en fragilité.

Découvrir le Drawing Lab

Strings – Exposition de Keita Mori / Entrée libre au Drawing Lab, 17 rue de Richelieu – Paris 1er – Jusqu’au 20 mai

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Les écrans d’Angela Grauerhoz, écrins de notre mémoire collective

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L’écran du viseur d’Angela Grauerholz recueille comme une matière précieuse les atmosphères déroutantes de lieux désertés. Les grands formats floutés nous conduisent vers des impressions de déjà-vu. Ces espaces vacants pourraient parfois être confondus avec les décors colorés d’un cinéma à la Jacques Demy, ou des intérieurs à la Matisse, fusionnant des motifs hauts en couleur. Ici, on croit reconnaître l’ambiance de la demeure autrefois habitée par Victor Hugo, Place des Vosges. Là, on pourrait attribuer ce tableau mettant en scène un pied dénudé fuselé à Fragonard… Subtilement, le cadrage produit des décalages dans les perceptions et nous égare parfois.

Si l’accrochage semble aléatoire au premier coup d’œil, ces souvenirs diffus que l’on s’approprie se raccordent mentalement. Le monochrome vermillon reflété dans un miroir impartial répond au bleu électrique diffusé derrière un rideau de scène clos. Le papier peint suranné et son rideau fleuri assorti émergent d’un autre âge, tandis que la tapisserie vieillotte d’un fauteuil se fond dans les décors nostalgiques de nos souvenirs. Les volutes des boiseries anciennes, les drapés des étoffes lourdes ou d’autres détails sont le sujet de ces clichés énigmatiques. Une incitation à prendre conscience de l’âme des lieux que l’on traverse. Une partie des photographies présentées documente des ouvrages rescapés d’un incendie, comme un travail de mémoire.

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A dessein, l’accrochage construit des mises en abîme et enchâsse nos sensations. Une cage d’escalier rétro-éclairée renvoie à la volée de marche qui mène au premier étage de l’hôtel particulier. Sur une image, la présence fugitive dans un salon d’apparat renvoie à notre propre présence en ces lieux.

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Écrins Écrans – exposition de photographie d’Angela Grauerholz / Centre Culturel Canadien – Entrée libre jusqu’au 24 mars.

L’exposition est organisée en partenariat avec la Galerie Françoise Paviot et avec le soutien du Scotiabank Photography Award.

Se laisser porter par la vague de Chiharu Shiota au Bon Marché

 

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Where are we going ? Chiharu Shiota nous embarque dans ses mondes flottants, installés sous les verrières du Bon Marché. Une flotille d’embarcations légères, frêles esquifs fantomatiques, semble s’orienter vers le point culminant d’une vague déferlante. Métaphore d’une fuite en avant ? « La vie est un voyage sans destination », murmure cette artiste sensible, qui a représenté le Japon à la Biennale de Venise en 2015. Contre vents et marées, elle trace sa route obsessionnelle dans des œuvres de patience. Chiahru Shiota tend des fils entre des points invisibles, connecte les âmes et nous guide vers d’autres rives.

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Ancrée dans la terre ferme, la sculpture de fils immaculés Memory of the Ocean fait écho aux fluctuations de Where are we going ? Cette installation en forme de passage immaculé nous engloutit tout entier dans sa matrice, nous submerge de sensations pures et nous aspire dans des divagations sans fin, à la recherche d’une mémoire dissoute dans l’écume marine. Suivre le fil.

Where are we going ? Chiharu Shiota – Installations dans le grand magasin et ses vitrines – Créations originales pour le Bon Marché / jusqu’au 18 février

Sur les traces de Cy Twombly

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Face à une toile de Cy Twombly, l’œil se perd dans un enchevêtrement de lignes et de traits nerveux, peine à trouver un fil conducteur ou une composition claire. Jusqu’à ce qu’il rencontre un fil électrique branché sur haut voltage qui lui communique ses influx. Ou bien qu’il discerne avec du recul un autre œil inscrit dans la matière, comme un neurone miroir. Tel peut être le propos de cette première toile à l’intitulé flou : Untitled.

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La peinture de Cy Twombly ne se décode pas facilement, elle brouille les pistes. C’est avec l’instinct qu’il faut la regarder. Elle révèle l’énergie du geste et rend le repentir apparent, souligne des points de détails comme cette goutte de peinture accidentelle entourée à la mine de plomb, qui est peut–être essentielle. Elle diffuse des bribes de phrases ou isole un mot fondamental. Elle fusionne le trait avec la coulure, la graphie avec le flottement, le fond avec la forme. Insaisissable, elle devient progressivement familière comme peut l’être une écriture manuscrite. L’œuvre de ce peintre, passé en 1950 par l’école avant-gardiste du Black Mountain College et par un voyage initiatique en Europe, fluctue entre les courants américains de son temps – l’action painting, l’expressionnisme abstrait, le minimalisme – et les sources de la culture classique européenne.

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L’exposition rétrospective présentée à Beaubourg réunit exceptionnellement trois cycles monumentaux qui ont traversé l’œuvre de Cy Twombly et nous marquent de façon indélébile. Nine Discours on Commodus (1963), réalisé après l’assassinat de Kennedy traduit la sauvagerie de l’histoire, dans une énergie contenue. Le sang semble gicler de la toile, la peinture paraît apposée à mains nues, les états de la matière prennent à bras le corps ceux de l’âme. Dans Fifty Days at Iliam (1978), la Guerre de Troie se déroule sur fond d’émotion. Les dieux sont invoqués dans une litanie de lettres fragiles et les guerriers sont réduits à des formes tremblantes dévastées. Le cycle Corronation of Sesostris (2000) montre la course du dieu Râ à travers des formes archétypales, soleils ou embarcations aux tracés presque enfantins, dans une puissance chromatique intense.

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Grâce à l’accrochage chronologique, on mesure combien la gestuelle de Cy Twombly monte en puissance au fil du temps. Sensuelle et impulsive, elle a le pouvoir de retranscrire les lumières des saisons et les mutations permanentes de la matière, que ce soit la consistance des nuages sur l’éther ou la chair des pivoines en fleurs. On est pris dans une déflagration picturale, où la forme implose et s’amplifie sans limite. Pan.

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Exposition Cy Twombly – Rétrospective au Centre Pompidou / Jusqu’au 24 avril

Charles Pétillon envahit la galerie Magda Danysz

Il travaille avec la matière dont sont faits les rêves d’enfants. Ces grappes de ballons en suspension, blancs comme neige, inaccessibles. Héritier du land-art, Charles Pétillon ouvre des pop-ups éphémères dans les paysages, et les fixe par la photographie, medium dont il est issu.

En électron libre, Charles Pétillon agrège des structures oniriques : Ribambelle lâchée dans le ciel, Igloo sous un soleil de plomb ou encore une représentation du Cloud-Computing. Après son intervention, une villa 19ème déborde de Souvenirs de famille, une cabine téléphonique désertée continue une Conversation sous forme de bulles, une carcasse rouillée d’automobile relâche encore des gaz d’échappement… Entre les murs de la galerie Magda Danysz, Charles Pétillona  planté une forêt constituée de centaines de ballons, une installation où l’on pénètre comme dans un conte de fée.

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Sous l’apparente légèreté de son vocabulaire l’artiste dissémine autour de nous des points d’interrogation, soulève des questions et questionne notre perception des lieux. La série Invasion prend son envol en révélant ses intentions : Anarchitecture dénonce l’uniformisation des fenêtres en PVC qui remplacent les battants de caractère, Play-Station, l’abandon des jeux de plein-air pour le virtuel. Invasions barbares ?

Invasions – photographies et installations de Charles Pétillon – Galerie Magda Danysz / jusqu’au 14 janvier

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