In the mood for Frankie – performance de Trajal Harrell

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Paris – Mona Bismarck American Center – Mercredi 23 novembre

La scène est fragmentée, marbrée, plaquée sur le parquet ciré du Grand Salon. Un public d’habitués de la danse contemporaine prend place tout autour. Assis à-même le sol dans une semi-pénombre. Une musique répétitive remixée se diffuse.

Une porte s’ouvre sur une silhouette androgyne affublée d’un turban à franges masquant son visage. Démarche dansée hésitante, haut-perchée sur la pointe des pieds. Traversées chaloupées comme sur un podium. Esquisse de mouvements suggestifs, qui font mine de vouloir exhiber le corps. Deux autres silhouettes vont défiler tour à tour, au rythme d’un étrange show de mode. Un homme baraqué, crâne rasé et barbe de hipster, vêtu d’un blouson de satin noir à fleurs. Puis entre Trajal Harrell, aux mouvements fluides, presque orientalisants. Au cours de multiples allers-et-venues, ces trois hommes vont entretenir un rapport fétichiste avec des morceaux de tissus, échanger des vêtements, féminiser leurs gestes. Cette danse des genres est issue du Voguing, un mouvement né sur la scène gay new-yorkaise dans les années 70.

Dans In the mood for Frankie la gestuelle n’a rien d’outrancier. Elle s’inspire plutôt de la retenue du butô. L’un des tableaux met en relief toute l’expressivité d’un visage qui contient ses sanglots. Un bassin de poissons rouges s’anime soudain, et nous projette dans l’empire du milieu. D’autres séquences rappellent la danse libre moderne du XXème siècle, où les corps se délient et célèbrent la vie. Le chorégraphe métisse les influences. Il fait surgir des images subtiles et tisse avec son public des liens intimes, loin du show. Lorsque les trois danseurs quittent la salle, ils laissent un grand vide !

Chorégraphie : Trajal Harrell – Danseurs : Trajal Harrell, Thibault Lac, Ondrej Vildar

En savoir plus sur Trajal Harrell

La programmation culturelle du Mona Bismarck – American Center

 

Une histoire parallèle de la photographie par Jean Dibbets

Quelles dimensions recèle l’image photographique ?  Au cours de son oeuvre, Jean Dibbets, artiste contemporain conceptuel majeur, s’est emparé de ce medium qualifié d’art mineur pour traiter par exemple de Perspective Correction. Aujourd’hui, à  l’invitation du MAM de Paris, il construit sa propre histoire de la photographie, prenant le contrepied de certains critiques comme Baudelaire, qui voit dans cette pratique le refuge des ratés des Beaux-Arts ! Dès le démarrage de l’exposition, Jean Dibbets ouvre grand la boîte de Pandore. Il présente un tableau minutieusement peint par Ingres comme un travail précurseur de la photographie couleur !

 

Ne vous attendez pas pour autant à voir de la « photographie d’art » dans cette exposition, ni une chronologie rigoureuse. Le parcours s’étire sur les origines scientifiques de la photographie, en présentant la photomicrographie d’une aile de papillon de William Henry Fox Talbot, les planches botaniques de cyanotypes recueillies par Anne Atkins, des radioscopies qui s’aventurent au-delà de l’œil humain, des photos de la Nasa prises sur Mars… A cette beauté brute révélée par l’objectif est confrontée un grand format zébré par l’éclair signé du photographe contemporain Hiroshi Sugimoto.

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Une salle entière est consacrée à l’obsession de Muybridge pour les séries Animal Locomotion, qui décomposent des mouvements indétectables à l’œil nu. Pour Jean Dibbets, ces clichés d’essence scientifique repoussent les limites de l’expérimentation. Ils catalysent les recherches d’avant-gardes artistiques représentées par Rodchenko et Moholy-Nagy  ou les compositions abstraites de Berenice Abbott.

Boltanski

Le rapport de la photo et de l’art est montré sous des angles sans cesse renouvelés : capture d’un paysage de land-art transformé par Richard Long, de la performance du Saut de l’Ange d’Yves Klein, utilisation du medium dans les rapprochements surréalistes de Man Ray ou comme passeur de mémoire chez Boltanski… Enfin les photographies numériques de Thomas Ruff ouvrent des perspectives de manipulations et distanciations illimitées par rapport au sujet initial tandis que les nouvelles possibilités techniques d’impression tridimensionnelle conduisent à la production d’objets sculpturaux. L’ouverture de cette boîte de Pandore fait éclater toutes les catégories.

La boîte de Pandore – Une autre photographie par Jan Dibbets / Musée d’Art Moderne – Jusqu’au 17 juillet

Merci au site expointhecity qui m’a offert une invitation pour cette exposition

 

 

Mummenschanz, et le silence mène la danse

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Deux mains géantes ouvrent le rideau pour la Première. Elles s’immiscent dans le public et font mine de saisir les spectateurs assis à leur portée. Puis, une partie de ballon géant s’engage entre la salle et un tuyau flexible seul en scène. Ici, un cerf-volant part dans une envolée lyrique. Là, un tangram attend désespérément la dernière pièce récalcitrante pour compléter un carré parfait… L’esthétique des Mummenschanz surprend sans cesse. Elle se dessine au fil de saynètes, autour d’une règle d’or, le silence. Sans musique ni parole, selon un langage de signes fabriqués de toutes pièces avec du carton, de la pate à modeler, des rubans de fortune… C’est ainsi que Mummenschanz (en français Les Musiciens du Silence) enchantent la terre entière depuis plus de 40 ans.

Derrières les formes, des hommes en noir opèrent furtivement, se fondant dans le décor. Ils plient habilement la matière au gré de leurs envies. Ils jouent sur la puissance d’évocation d’éléments simples. Deux pastilles vous font les yeux doux, une ébauche de figure se déchiffre dans une feuille de papier froissée, un rythme chaloupé évoque la marche humaine. Entre mime et tour de passe-passe, ce spectacle nous entraîne au royaume de l’émotion. Là où les fils de fer gardent en mémoire la forme des visages. Là où deux masques malléables n’en finissent pas de se transformer, sautant du coq à l’âme ! Une petite musique pas vraiment muette…

Mummenschanz – Nouveau spectacle 2015 / au Théâtre Antoine jusqu’au 12 juillet 2015

Un avant-goût en vidéo

Le Presbytère – Béjart Ballet Lausanne

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Flashback. Il y a 17 ans, Maurice Béjart chorégraphiait au Palais de Chaillot Le Presbytère. Pour conjurer la perte de deux monstres sacrés emportés prématurément par le sida. Gil Roman, l’actuel directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne a remonté cette pièce magistrale dont il a été l’un des solistes. Aujourd’hui, le public parisien est massivement au rendez-vous au Palais des Congrès pour voir ou revoir cette ode à la vie, qui emprunte le code d’un roman de Gaston Leroux : Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni son jardin de sa fraîcheur. Ce ballet / show d’une grande ampleur a été écrit sur une musique alliant Mozart et Queen pour une quarantaine de danseurs. C’est le couturier Versace, un talent disparu lui aussi, qui avait dessiné les costumes. Au delà de ces deuils, comme le dit avec force la voix de Freddie Mercury, The Show must go on.

La scène est saturée de jeux de lumières, les solistes évoluent au centre d’un halo éclatant, en stars. Ils réincarnent Jorge Donn, danseur phare de Béjart et Freddie Mercury, chanteur leader de Queen. Tous deux ont été fauchés au même âge, à 45 ans. La mort et l’amour sont les thèmes forts qui traversent la scène symboliquement : les linceuls qui ouvrent la danse, les civières d’où la vie renait, les pleureuses en retrait, la tenue de mariée réduite parfois à un voile noir, les anges aux ailes triomphales, les jeux d’oreillers d’où s’échappent une pluie de plumes, les étreintes masculines d’une back room qui s’ouvre comme une boîte de Pandore… Tout s’enchaîne avec fulgurance. L’écriture de Béjart, d’esprit néoclassique, est intacte : elle mêle les pirouettes, les pointes et les grands jetés aux passages au sol, aux pieds flex et à l’expressivité des mains. Les formations passent de la géométrie symétrique au cercle irradiant et au regroupement compact. Le soliste interprétant Jorge Donn est torse nu. Les images de Nijinski, clown de Dieu font revivre sa présence fascinante.

L’âme du maître semble accompagner cette messe pour le temps présent. Pendant le salut final Gil Roman étreint ses danseurs solistes et offre une chaleureuse poignée de main à tous les autres interprètes. Beaucoup d’émotion passe dans la salle qui se lève dans un même élan !

Le presbytère – Béjart Ballet Lausanne – direction artistique Gil Roman / vu au Palais des Congrès le 4 avril – jusqu’au 6 avril

Plus d’infos sur le spectacle et la tournée

Mémoire d’un vieux Tzigane – Pétia Iourtchenko / Théâtre de Ménilmontant

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Toute l’étoffe de la danse tzigane, cousue du fil rouge de la mémoire va se déployer sur scène. Sous l’impulsion d’une amie d’enfance, chanteuse moscovite ressurgie du passé, Pétia Iourtchenko, dans son propre rôle de chorégraphe, déroule ses souvenirs. Une autobiographie dansée, mais aussi la mise en scène de la mémoire du peuple tzigane. La danse est entrecoupée de conversations aux accents slaves et de chants puissants, qui déclenchent une cascade de réminiscences.

En premier lieu, les répétitions de la compagnie Romano Atmo. Sous l’œil du maitre qui jauge la cadence, la virtuosité des frappes des pieds au sol, l’énergie retenue qui se concentre puis rayonne dans tous le corps, au rythme des tournoiements. Les premiers morceaux de danse sont exécutés à l’unisson, ce qui permet d’en déchiffrer les codes tranchés entre masculin et féminin. Suivront des évocations personnelles de la figure maternelle, Mamotchka, et d’un amour de jeunesse. La danse de Pétia Iourtchenko propage aussi le vécu de tout le peuple tzigane. Elle relate la tragédie des déportations : Samaduripen. On retient son souffle quand la troupe danse une dernière fois sous l’injonction d’un surveillant Nazi, quand la fierté des corps reprend le dessus avant de déposer les armes. C’est à dire de se défaire des souliers, les instruments-même de cette danse. On assiste à un vrai moment de grâce lorsque le vieux Pétia passe le relais à un adolescent en simple un survêtement, et non pas en kostioum rituel. La qualité de la gestuelle évolue vers un imperceptible relâchement, qui réinsuffle un esprit contemporain à la tradition.

Le dernier tableau monte en puissance et en couleurs, sous forme de fête improvisée. Il montre la spontanéité des rites, lorsque le cercle s’ouvre successivement aux danseurs en solo. Une énergie communicative. Davaï !

Mémoire d’un vieux Tzigane – Pétia Iourtchenko / du 31 mars au 4 avril au Théâtre de Ménilmontant

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(H)UBRIS#1 – David Drouard / MPAA St-Germain

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Prélude à la pièce (H)UBRIS, une bâche au sol brouille les piste dans la pénombre. Danseurs tapis dans les replis de cette toile de camouflage ? Jeux d’ombres dans le clair-obscur d’un sous-bois ? Une présence s’anime, à peine distincte. Ce premier tableau laisse place à la lumière sur un décor épuré : 3 dômes sur un tapis de danse noir. En surimpression sur toile de fond, un ciel filant, des miroitements aquatiques, l’espace interstellaire… Comme sur un terrain glissant, 3 danseurs interprétant des nymphes évoluent dans un jeu magnétique d’attraction–répulsion, trio comportant un électron libre. Forces surnaturelles à l’œuvre.

Si David Drouard inscrit (H)UBRIS – littéralement « démesure » – dans les pas de Ninjinski, il s’écarte clairement de la chorégraphie originelle de L’après-midi d’un Faune. Son ballet pour 3 breakers odéit à sa propre progression. Il combine les points de contact au sol et les cabrioles à une gestuelle glissée ou désarticulée. Il convoque tout un bestiaire fantasmagorique : la figure du minotaure et celle de la méduse. Les tableaux défilent, les corps adoptent progressivement des postures animales, se défont de l’uniforme chemise-pantalon, apparaissent torses nus, puis quasiment « à poil ». Ils achèvent leur métamorphose en faunes. Précédées d’un martèlement au sol, les trois créatures aux jambes velues entrent en scène, juchées sur des sabots-plateformes lourds et sonores. Des silhouettes mi-hommes, mi-bêtes, le bassin projeté vers l’avant, l’œil lubrique, le flair à l’affût. La musique électro laisse percevoir des phrases du Prélude de Debussy et instaure les saccades d’une danse sauvage, aux relents de fêtes païennes.

David Drouard donne une forme saisissante au mythe du Faune, servie par 3 très bons danseurs issus du hip-hop. En d’autres termes, des bêtes de scène…

(H)UBRIS – David Drouard – DADR CIE  / vu le 19 novembre à la MPAA – Autres programmations prévues, notamment à Suresnes Cité Danse

Plus d’info sur le site de la compagnie

Religieuse à la fraise / Kaori Ito – Olivier Martin-Salvan

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La performance ne se tient pas dans un salon de thé mais sur les Berges de Seine, au Musée de Cluny et divers lieux sélectionnés par Paris Quartier d’Été. La Première a eu lieu au Festival d’Avignon, au Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. De l’image du gâteau traditionnel, on retient la proportionnalité des deux choux superposés : environ 1 à 3. Ici, la danseuse Kaori Ito pèse 40 kg et le comédien Olivier Martin-Salvan 120 kg.

C’est bien connu, les contraires s’attirent. Ils entrent en scène, intimement liés. Il la porte sur son dos, ils portent le même pantalon et elle met littéralement ses pas dans les siens. Tout les sépare, et pas seulement leurs gabarits. Elle est sculptée par des années de pratique de danse, lui est bedonnant. Sa peau de japonaise est infiniment lisse, lui est doté d’une toison qui recouvre tout son torse et son dos. Il pourrait être une créature rabelaisienne ou un ours pataud… Elle, un elfe hypertonique ou une acrobate zen…

Le pari est improbable. Mais les performeurs réussissent à contourner les particularités des corps pour instaurer une familiarité qui va au-delà de l’intimité. Il est son prolongement. Elle est sa siamoise. La pièce est émaillée d’images fortes. Elle se love sur son corps massif allongé et lui triture le visage sans qu’il bronche. Elle lui prête ses longs cheveux pour qu’il y dissimule son visage. Elle le déshabille sans une once d’érotisme. Elle pose ses pieds sur les siens pour effectuer un pas de deux fusionnel. Cette phase d’osmose est suivie d’états dissociés, où les rapports se redessinent. À un moment on croit assister à la lutte d’un sumo avec une poupée ninja…

On reste suspendu à ce duo en communion. Religieusement.

Voir la vidéo sur le site de Kaori Ito

Religieuse à la fraise – Kaori Ito & Olivier Martin-Salvan / Paris Quartier d’Été – jusqu’au 9 aout  – Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Concours Danse élargie 2014 / Théâtre de la Ville

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À la recherche de la nouvelle Danse. Danse Élargie est un concours organisé par le Musée de la Danse de Rennes et le Théâtre de la Ville de Paris, en partenariat avec la Fondation d’entreprise Hermès. Il s’adresse aussi bien aux jeunes chorégraphes issus de cycles spécialisés comme P.A.R.T.S ou TRANSFORME, qu’aux gestes de cinéastes, musiciens, designers ou architectes… La danse est vue sous un prisme large, donc. L’ouverture est au programme. Mais, succès oblige, avec une certaine sélectivité. Sur 319 dossiers présentés, 20 ont eu accès 10 mn au plateau du Théâtre de la Ville samedi dernier pour convaincre le jury. Parmi les 10 finalistes retenus dimanche, 3 lauréats se sont vus décerner des prix en fin de journée. Le premier prix ouvrant de belles possibilités, notamment celle de se produire sur une scène du Théâtre de la Ville la saison prochaine…

Une troisième édition dense, à multiples facettes. Le temps d’un week-end, les spectateurs ont pu observer les tendances en provenance de nombreux pays :

– La danse comme sport de combat et posture politique illustrée par Debout de Djino Sabin Alolo et Christina Towle. La danse comme message de soutien à une communauté minoritaire et cachée dans J’ai bâti une maison sur trois octaves de Gabriel Desplanque, voire comme arme de dissuasion dans What you need to know de David Freeman.

– La danse 2.0 et ses potentialités virales. Une success-story / manga très habile, BOKKO the ultimate fusion de Karel Van Laere et Vanja Rukavina, montre la diffusion et le clonage de la gestuelle du Bokko Dance Show, nous questionnant sur des succès planétaires comme le Gamgan Style. Judith Cahen, Masayu Eguchi, Clarisse Tranchard et Béatrice Houplain partagent cette intention de montrer l’amplification et de phénomènes chorégraphiques via l’écran dans À nos corps défendant.

– La danse des objets. Performance purement plastique et motorisée dans Voir les choses bouger de Benoît Verjat. Rôle-clé donné aux éléments de décors dans The Field de Julian Weber, ou à la batterie chaotique et déglinguée de Katharina Ernst dans a:z_approximates symetries.

– La danse en auto-analyse, avec la proposition Previously on Majestiny de James Mcginn, mini série TV qui télescope toutes les gestuelles (Celtic, Ballet, Graham, Horton, Voguing, Krumping…) comme pour chercher de nouvelles pistes de création contemporaines et en finir avec ces formes dites authentiques. Ou bien Tu danses ? de Ouchpo une démonstration minimaliste basée sur une règle de jeu simple, qui tente d’ouvrir le plateau au public, et se termine sur un constat d’échec.

Et les gagnants sont…

Premier prix > Aerobics ! de Paula Rosolen (Allemagne)

D’une gestuelle vintage mécanique et body-buildée surgissent peu à peu des variations dansées impulsées par le personnage imparfait du groupe. Pas de musique mais le bruit des semelles qui crissent sur le tapis de danse, le claquement rythmé des mains, le souffle et les exhortations à l’effort. Un glissement progressif vers plus de musicalité.

Deuxième prix > What you need to know de David Freeman (Etats-Unis / Belgique)

Une performance façon conférence TED*. Dans le contexte de récentes fusillades meurtrières mises sous les feux de l’actualités, le propos est de convaincre de la nécessité d’apprendre le tir par légitime défense. Des spectateurs sont invités à prendre les armes avec comme cible mouvante 3 danseurs. Une démonstration par l’absurde qui fait mouche.

Troisième prix et prix du public > Tyj d’Alina Bilokon et Léa Rault (Ukraine /France)

Une forme inclassable née d’un trio qui entrecroise les registres musicaux, narratifs et gestuels :  un guitariste, une chanteuse lyrique et une créature faunesque dansante. Ils content une chanson de geste poétique où il est question d’ascension, de cimes inaccessibles, d’une quête…

Plus d’informations et d’images sur le site

Concours Danse Elargie – Samedi 14 et Dimanche 15 juin 2014 / Théâtre de la Ville

Parfum Repetto – Lancement

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Il manquait à l’aura de cette belle Maison… A présent, le parfum Repetto brille sous les feux de la rampe et occupe le devant de la vitrine, rue de la Paix.

Le flacon semble raconter une histoire intemporelle, celle d’une variation autour d’une figure circulaire parfaitement exécutée. Le corps du flacon est un disque à faces concave et convexe. Le capot se fait ellipse et le logo s’inscrit dans un cercle doré. Ce code formel renvoie à la technique irréprochable d’un port de bras, à l’archétype du tutu de scène, ou tout simplement au mouvement de rotation maîtrisé d’une pirouette.

Le col du flacon et son étui s’habillent d’un ruban de satin entrecroisé, d’une couleur issue de la gamme des roses et des chairs. Là, toute la gestuelle du laçage des pointes surgit, l’essence-même du Ballet et de la danse classique… Le logo de métal doré est suspendu à ce brin comme un médaillon – on l’imagine cousu main à l’instar des ballerines maison -. S’il vient à toucher le verre du flacon, il émet un tintement cristallin.

Ce parfum est né sous une bonne Etoile. Dorothée Gilbert, la présente égérie de Repetto, l’invite dans l’intimité de sa loge et en fait l’allié de tous les moments de son art (voir la campagne digitale vidéo). C’est une fragrance poudrée et déliée, crée par le parfumeur Olivier Polge. Elle s’échauffe dans des notes de tête comme la poire et la fleur de cerisier, s’étire gracieusement dans un cœur de rose et fleur d’oranger, puis prend son envol dans la vanille et le bois ambré.

Dès l’acte I, le parfum Repetto pourrait devenir un grand classique !

Plus d’informations sur le Parfum Repetto

Tabac rouge – James Thiérrée

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Dès le placement en salle, le courant passe. Le spectateur contemple un enchevêtrement de fils et de bouffées de fumée, prémisse d’un décor grandiose, déglingué, allumé… Ce Tabac rouge va se consumer dans l’incandescence et s’aspirer à pleins poumons.

Dans la distribution parisienne, l’acteur Denis Lavant incarne le maître de ces lieux underground. A la limite de l’impotence mais tout-puissant, il gouverne au doigt et à l’œil ce royaume ténébreux où toute parole est proscrite. Il peut plier les murs à sa volonté, régir une armée de danseuses, bannir un sujet du plateau, imposer à distance des décharges électriques…

La gestuelle adopte la mécanique de précision propre à James Thiérée, avec des clins d’oeil à Charlie Chaplin. Ici tout est expressif, saccadé, mouvant, glissant. Les machines sont reines, elles sont montées sur roulette et commandent des réactions en chaîne avec les humains, perçus par moment comme des automates. Le décor joue un rôle majeur. L’espace est dominé par une cloison pivotante, inclinable et réversible, créant des jeux de miroirs oppressants.

L’électricité coure sur les fils rouges de la pièce. La bande sonore intègre des grésillements électrostatiques. Une manivelle actionnée par le lieutenant du roi fait varier l’intensité lumineuse de la scène …et de la salle. Des abat-jours deviennent couvre-chefs scintillants. Une danseuse s’attire les foudres du royaume. Touchée, elle est stoppée net dans son élan et exige réparation auprès d’une machine à coudre. Plus tard, une série d’électrochocs ressuscite le roi inerte.

Dans cet univers clos, un sujet déclenche un mouvement de révolte pour démanteler l’ordre établi. Soulèvement et prise de parole dansée. Procès en règle de la rebelle. Puis survient un revirement par le miracle du verbe : le roi parle ! Le joug est levé. Les murs tombent, s’élèvent et se métamorphosent en un mobile miroitant.

Un enchantement sous haute-tension.

Tabac rouge / James Thiérrée – Au Théâtre de la Ville jusqu’au 8 juillet – puis reprise pendant la saison 2013-2014