Medusa, bijoux ou tabous ?

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Si vous cherchez la perle rare parmi les expositions parisiennes du moment, vous visiterez Medusa Bijoux et tabous avec les yeux brillants. Et vous ne regarderez plus jamais les colliers, bracelets ou autres bagues de la même façon. Il est des bijoux que l’on arbore, d’autres que l’on exhibe, d’autres que l’on se refuse à enlever, d’autres que l’on offre rituellement… Toutes ces facettes, et d’autres plus transgressives, sont présentées à travers un ensemble de plus de 300 pièces.

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Quatre sections scrutent à la loupe le statut des bijoux, depuis de rares specimens archaïques jusqu’aux créations contemporaines. Identités et subversions met l’accent sur les codes de reconnaissance – Valeurs et contre-valeurs réunit des pièces de joaillerie comme de la pacotille – Corps et sculpture oscille entre les ornements au service du corps et l’émancipation des formes dans le bijou d’artiste – Rites et fonctions invoque la pensée magique ou l’usage dont sont investit certains bijoux.

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Laissez-vous guider par ce discours savant sur les parures, ou par vos coups de cœur et votre étonnement face à des modèles inoubliables. Le sautoir de Gabrielle Chanel, réédité par Karl Lagerfeld, qui habille une tenue toute entière. Le vénéneux et tentateur « Collier Serpent » de la Maison Cartier. Un collier d’esclave du 19ème et une version moderne de Louise Bourgeois. « L’Étoile filante » de Chanel Joaillerie, qui s’affranchit des lignes classique du collier en dégageant le cou. Une contraignante coiffure perlée de dame de la dynastie Qing. Les broches « Oiseau en cage » et « Étoile jaune » de Cartier qui témoignent des heures sombres de la deuxième guerre mondiale. Un collier de nouille à haute valeur sentimentale. Des bijoux-prothèses comme cette extension de bec de pigeon, qui donne à un volatile commun des allures de rapace. Les importables bijoux de langue d’Emmanuel Lacoste. Une fleur toxique de Victoire de Castellane, reposant sur un coussinet de pierre. Un collier pour enfant en ambre, aux vertus supposées protectrices et une série d’amulettes. Les tubes perlés de Hubert Duprat ouvragés minutieusement par des insectes. Des bagues à poisons, à parfum, à eau, à tricheur… Et tant d’autres joyaux dont certains vous laissent pétrifié !

Medusa, bijoux et tabous – Exposition au Musée d’Art Moderne de Paris – Jusqu’au 5 novembre

© Les photos sont issues du site du Musée D’Art Moderne

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Design Addict au VIA – La nouvelle vague d’édition française du design

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Comment se développent les jeunes maisons d’édition françaises ? Quels parcours empruntent les jeunes pousses ? Quels sont les acteurs de la nouvelle vague française du design ? Dans une scénographie aux allures de village coloré sont réunies une trentaine de maisons, souvent jeunes. Chaque toit est surmonté d’une marque en toutes lettres, tandis que l’espace est meublée de pièces représentatives. Chaque maison abrite ses spécificités tant sur le plan du business modèle, que de celui de sa ligne éditoriale.

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La plupart de ces maison se rejoignent sur un carrefour de valeurs : privilégier le made in France, comme la maison HARTÔ, qui défend aussi un design abordable pour le consommateur. Utiliser les ressources et les savoir-faire locaux. Ainsi, depuis 1981, la marque ALIKI a su donner un second souffle à un atelier basque en perte de vitesse en proposants des meubles Emea sculptés d’un seul bloc dans le bois massif. MAISONNÉE revendique la « citoyenneté industrielle » et s’attache à défendre « un design aimable » lisible dans ses objets sensibles. Beaucoup sont éco-responsables et s’engagent dans des circuits courts de distribution, à l’exemple du breton GAËL MANES.

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L’âme d’une maison s’exprime à travers sa ligne éditoriale. La ligne poétique, définie dès 2009 par PETITE FRITURE,  invite à « savourer l’instant » et a su imposer ses vibrations décalées. Des designers reconnus (Constance Guisset, Noe Duchaufour Lawrence…) signent les créations et laissent leurs empreintes dans le style défendu par la maison. La réflexion sur les nouveaux usages et la façon d’occuper l’espace est un axe dominant pour UNTITLED STORY, qui réduit un portant de vêtement à un rail, ou une console à l’échelle d’un téléphone mobile. L’esprit parisien s’invite chez RED EDITION. STAMP détient l’exclusivité du moule Tam-Tam, et réédite ce meuble-culte des années 70 avec des déclinaisons infinies

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L’orientation luxe et le recours à l’artisanat d’art sont des tendances porteuses. Clairement affichées par HERVET MANUFACTURE, HEYMANN ou l’estampille RT (pour RAPHAËL THOMAS ÉDITION), dont le mobilier a vocation de « traverser les années ». Certaines maisons se construisent sur modèle la galerie d’art (une voie ouverte par Kréo). Une partie de l’offre de GALERIE MICA, fondée en 2001, est constituée par des séries limitées à 8 exemplaires. SPECIMEN fait cohabiter cette option avec des séries plus larges et prend un nouveau tournant depuis son association avec Modelec. BIBELO, pure player du web, édite des séries courtes de 300 pièces et renouvelle tous les 6 mois ses collections.

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La plupart des maisons ont intégré des stratégies digitales de développement, notamment avec la vente en ligne. LE POINT D se développe autour d’un processus de fabrication collaboratif à tous les niveaux de la chaîne : le consommateur est impliqué d’emblée dans une commande responsable, il peut personnaliser son modèle au niveau des choix de couleurs et de matières, le visualiser dans son environnement avec les techniques de réalité augmentée. L’étape de fabrication se déroule sur rendez-vous dans un FabLab.

Dans la mise en perspective de cet écosystème du design, la créativité joue comme un levier de développement. Design thinking à tous les étages !

Design Addicts – la nouvelle vague d’édition française du design – Exposition la galerie du VIA – Scénographie : Elise Fouin – accès libre / jusqu’au 29 novembre

Promenade Bucolique place Vendôme

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La Maison Chaumet ouvre les portes de son jardin secret, en proposant l’accès à son fond de collections de joailleries, photographies anciennes et gouaches préparatoires, précieusement conservés. Ce Musée Ephémère démontre avec éclat la pérennité du style Chaumet. Il germe dès la période romantique sur le terreau de l’inspiration naturaliste et trouve de brillants prolongements dans les créations contemporaines !

Ombellifères, inflorescences, ramifications, la forme des parures joue sur le mimétisme mais réserve bien des surprises, comme ce rameau d’un « devant de corsage » qui peut se décomposer en broches, clips et boucles de chaussures… Sur une broche très réaliste, les étamines de fleurs de fuchsia sont des diamants briolettes montés en pendeloques. Le langage des fleurs s’enracine partout, dans une parure ornée de lierre, dans un diadème semé de pensées, ou un bracelet de marguerites dont les pétales étalonnent le degré de l’amour porté. Dès le siècle dernier, la Maison greffe du corail ou de la nacre sur les bijoux d’or et de pierres précieuses. La passion de la nature s’incruste dans toutes ces collections.

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L’inspiration bucolique s’épanouit pleinement dans les prestigieuses commandes de Joséphine, épouse de Napoléon connue pour être une passionnée de botanique. L’épi de blé qui orne son diadème impérial est un motif symbolique, qui ressurgit aujourd’hui dans une nouvelle interprétation. Les insectes tiennent leur rôle dans l’écosystème naturel de la Maison. La collection de haute joaillerie Jardins de 2015 rend hommage aux abeilles dans une coulée de tons miel composée de saphirs jaunes, citrines, grenats mandarins… Des pièces rares à cueillir des yeux.

Un premier pas dans le Musée Ephémère

Promenade Bucolique – Au Musée Éphémère de la Maison Chaumet / Jusqu’au 30 janvier

 

L’esprit Chanel dans Le Marais

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Un samedi après-midi passé à parcourir les galeries d’art du Marais… Et soudain, rue des Francs-Bourgeois,  mon regard est attiré par deux C entrelacés, recouverts d’une peinture bleue iconoclaste. Sûrement le logo de Chanel revisité par un artiste ? Entrons…

Article à lire sur le site de la Fragrance Foundation

50 ans de création de l’Ecole des loisirs à livre ouvert

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Une petite voix intérieure vous réclame encore une histoire, votre bibliothèque d’enfant vous manque, vous rêvez de raviver le souvenir d’albums lus à voix haute… voici déjà 3 bonnes raisons pour parcourir 50 ans de création de l’Ecole des Loisirs au Musée des Arts Décoratifs.

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Les héros de la maison d’édition au papillon se sont donnés rendez-vous dans des vitrines animées dignes d’un grand magasin à l’approche des fêtes ! Ici, trois chapeaux de feutres menaçants, échappés de l’album Les Trois Brigands de Tomi Ungerer se tiennent en embuscade dans l’ombre, retenant leur souffle. Là, Blaise, le poussin masqué de Claude Ponti, se distingue dans un lancer de balles multicolores vers un panier de basket géant. Plus loin, les silhouettes des personnages de Kitty Crowther sont entraînées dans le tourbillon des carrousels.

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Au mur, de superbes illustrations originales montrent le travail de ces artistes de la littérature enfantine. Le commissaire d’exposition Anne Monier a tenu à faire rentrer les lecteurs au coeur de l’imaginaire des auteurs et des illustrateurs. À sa demande, ils se sont donc pliés à un nouvel exercice de style : imaginer une vitrine en 3 dimensions à leur image. Ensuite, la scénographe Constance Guisset a insufflé de la vie à ces capsules de verre et autres maisons de poupées…

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Certains écrivains se sont prêtés au jeu en prêtant au musée leur jeu favori. D’autres ont dessiné leur peluche panthère, leur chalet en bois, leur cheval à bascule… D’autres ont réalisé des fresques sur les murs. Ainsi le monde de Cheng et sa tribu de tigres s’étirent en format géant… Quand à Grégoire Solotareff et Nadja, ils ont tout simplement transposé une partie de leur atelier dans le musée. On a du mal à refermer ce livre pop-up riche en rebondissements !

Une histoire, encore ! 50 ans de création à l’école des loisirs / Exposition au Musée des Arts Décoratifs – Jusqu’au 7 février

Galerie du VIA : large vitrine sur les tendances du design

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Très attendue, l’exposition inaugurale de la nouvelle galerie du VIA ! Le VIA (Valorisation de l’Innovation de l’Ameublement) a quitté les arcades du Viaduc des Arts pour s’installer dans l’immeuble de l’Ameublement Français, avenue Ledru-Rollin. Largement ouvert sur la rue, l’espace a gagné en amplitude. Une belle vitrine sur les tendances du design !

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En 2015, le VIA a décerné 34 labels. Ils distinguent des produits innovants repérés sur des salons professionnels ou parmi les dossiers reçus chaque année. Cette exposition permet d’apprécier les synergies entre les designers et les fabricants, avec une constante, l’innovation. Que ce soit dans l’usage et la fonction, l’utilisation des matériaux et des techniques ou la stratégie de commercialisation.

Extension du domaine des matériaux. Le bureau Inside World  – conçu par Noé Duchaufour Lawrance et édité par Cinna – est entouré d’un rebord en feutre, ce qui permet à l’utilisateur connecté de se calfeutrer dans sa bulle.Thierry d’Istria mise aussi sur les capacités isolantes du feutre pour un mobilier destiné à l’hôtellerie : paravents ou têtes de lit Frizz optimisent le confort phonique. Un nouvel archétype de la table de bistro époque XIXème est présenté en version légère par la société Retegui et le designer Jean-Louis Iratzoki. En réalité, l’âme de la matière est en nid d’abeille, recouverte de fines feuilles de marbre rose, blanc, gris ou noir.

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Chaises Ciel! et T14 – piètements déclinables

Transpositions multiples. La coque originelle de la chaise Ciel! Conçue par Noé Duchauffour Lawrance pour le restaurant du dernier étage de la Tour Montparnasse se décline en différents garnissages et pas moins de 5 piétements différents pour répondre aux usages d’un bureau, d’une salle d’attente, d’un restaurant… Un design raisonné. Le designer Patrick Norguet pousse Tolix, spécialiste de l’acier, vers le bois massif comme une alternative pour produire les pieds de la chaise T14. Une première pour ce fabricant.

Balka (détail) - G. de Lafforest

Balka (détail) – G. de Lafforest

Luxe oblige. Le travail de la matière est remarquable dans la dans la collection Les Nécessaires, issue de la collaboration du designer Philippe Nigro avec  la Maison Hermès. Le gainage en cuir du serviteur / psyché Groom est totalement maîtrisé et reflète tout l’art d’un sellier d’exception. D’inspiration organique, le meuble Balka de Grégoire de Lafforest marque les esprits. Les typologies sont bouleversées : console, vide-poche, objet de nécessité ? Une faille usinée sur le plateau de bois noble permet d’insérer ses clefs, de la menue monnaie ou d’autre trésors. Ces objets glissent en douceur pour être avalés dans un réceptacle de cuir rappelant le goître d’un pélican. Coup de coeur !

Une démonstration convaincante de la créativité hexagonale.

Plus d’information

Labels VIA 2015 – galerie VIA / exposition de design jusqu’au 7 novembre – entrée libre

Pablo Reinoso – Un monde renversé / Maison de l’Amérique Latine

Pablo Reinoso Un Monde Renversé Maison de l'Amérique Latine

Franco-Brésilien, Pablo Reinoso cultive une double appartenance au design et à la sculpture, questionnant  alternativement les rôles de ces disciplines. Il est actuellement l’invité de la Maison de l’Amérique Latine et son œuvre prend possession des murs, en respirant à l’unisson…

Ceci n’est pas une copie conforme ! Le sculpteur s’assoit sur une icône du design industriel, la Chaise Thonet 14, fabriquée en grande série au XIXème siècle. En respectant le mode de fabrication, en cintrant le bois sous l’action de la vapeur, il créé des modèles dérivés, instables, parfois imbriqués, et juste impossibles à utiliser. Il revisite ainsi tout le catalogue Thonet, jusqu’au fauteuil à bascule, puis le livre à la chorégraphe Bianca Li pour une confrontation physique. Voir la vidéo Thonetando, une mise en abîme drôle et absurde.

Pablo Reinoso applique aussi les techniques de la manufacture Thonet à la reconstitution de tableaux de maître. Résultat : des épures aux courbes serpentines débordant des cadres et envahissant l’espace.Traité de la sorte, le banc de la série Spaghetti, Retour Végétal, semble envahi de jeunes pousses contrariant sa fonction d’assise, comme si la nature reprenait ses droits et réinsufflait une seconde vie à la matière. La boucle est bouclée. Un cycle décisif est amorcé avec l’installation Ashes to ashes.

Sous l’action du sculpteur / designer, le bois se plie à de nouvelles postures, les poutrelles d’acier deviennent de longs rubans et se tordent pour dessiner des bancs aériens, organisés selon des circuits inattendus. Sinuosités gratuites et gracieuses. Une pièce circulaire spectaculaire, le Banc Saint Germain conçu in situ, est visible dans la cour ovale de l’Hôtel Amelot de Gournay. C’est l’œuvre d’un magicien de la matière.

Pablo Reinoso – Un monde renversé / Maison de l’Amérique Latine – Jusqu’au 5 septembre

Site de du designer

The Souvenir Factory / D’Days

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L’expérience du parfum aux D’Days, rive gauche ! Jean Jacques, parfumeur-créateur chez Takasago, a confectionné 12 senteurs distinctives pour les show rooms design du quartier Bac / Saint Germain.12 touches parfum à humer et collectionner !

> article à lire sur le site de la Fragrance Foundation

Oracles du Design / La Gaîté Lyrique

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Lorsqu’une grande prêtresse des tendances se penche sur la collection de design du CNAP, les objets se mettent à parler et nous livrent leurs augures. Invitée en tant que commissaire d’exposition, Li Edelkoort nous montre un design entre art divinatoire et science prédictive. Au delà de son statut d’icône, chacune des pièces présentées nous dévoile un peu de son âme, de ce qui a animé sa création et son projet. Conformément à ses méthodes de travail, Li Edelkoort regroupe les objets par signaux et affinités pour qu’ils dialoguent selon leurs humeurs. Archaïque – Nomade – Abstrait – Naïf – Curieux – Simple – Gonflé – Organique – Humble – Mutant : 10 grands courants émergent.

La scénographie nous invite à perdre nos repères habituels en considérant l’objet dans son ensemble, plutôt que dans son individualité. Ainsi des formes potelées, figuratives ou absurdes conversent dans un premier espace monochrome noir : le fauteuil Big Easy de Ron Arad, le tabouret Osselet de Jacques Jarrige, la lampe Lounge Gun de Philippe Starck. Dans la section Gonflé, le canapé capitonné Ploum des frères Bourroulec rencontre la chaise gonflable Vaacum Cleaner de Jurgen Bey, qui puise son souffle vital dans l’air rejeté par un aspirateur. Le nomadisme s’installe dans les mentalités avec des objets comme la lampe baladeuse Mayday de Konstantin Grcic et la lampe à poser Fire Kit des 5.5 Designer, visible au milieu d’un ensemble de chaises et d’assises pliantes. Des formes mutantes comme la chaise Solid de Patrick Jouin ou le vase Fast de Cédric Ragot, traduisent les nouvelles possibilités techniques pour mimer le processus-même de la vie. Ces visions de long terme nous renseignent sur notre vie quotidienne. La Gaîté Lyrique devient un temple du design.

Oracles du Design / La Gaîté Lyrique – Exposition de la collection du Centre National des Arts Plastiques, sous le regard de  Li Edelkoort – jusqu’au 16 aout

Plus d’info

Musée du Parfum / Fragonard

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Situé à un jet du Palais Garnier, le Musée du Parfum vous plonge dans la mémoire olfactive du monde. La Maison Fragonard expose aux regards une collection exceptionnelle à l’étage d’un hôtel particulier du XIXème resté dans son jus, avec ses parquets point de Hongrie et ses plafonds peints… Jean-François Costat, héritier de l’entreprise familiale de Grasse, l’a patiemment rassemblée pendant une cinquantaine d’années. Elle démarre depuis l’antiquité égyptienne, aux origines du parfum, avec des vases et flacons intacts destinés aux onguents et huiles odorantes à vocation divine.

Le visiteurs peut se faire guider (le plus souvent en chinois ou en russe…) ou bien reconstituer lui-même l’histoire en flânant entre les alambics de bronze patiné et les vitrines surannées. C’est un musée à l’ancienne, dont le charme compense quelques cartels manquants… Les cadres d’enfleurage font revivre toute l’alchimie du parfum. Les fleurs fraîches, jasmins, tubéreuses ou jonquilles, étaient enfouies dans des couches de graisses animales qu’elles saturaient de leurs odeurs. Puis ces pommades étaient lavées à l’alcool, de façon à capturer les fragrances et obtenir l’absolue très recherchée.

Parcourir ce musée, c’est aussi comprendre les usages et mutations du parfum à travers les époques. Dès le Moyen-âge, les sphères ajourées des pomanders renfermaient des mélanges de plantes bienfaisantes aux vertus protectrices, souvent destinées à combattre les épidémies. On peut aussi contempler d’imposants pot-pourris ou brûle-parfums en porcelaine de Chine et de Saxe, des nécessaires de toilette raffinés (dont celui offert par le duc de Berry à son épouse), une fontaine à parfum Louis XVI…

Au XVIIIème, la folie du parfum imprègne même des artifices comme les perruques ou les mouches placées sur le visage. Voir la minuscule boîte à fard et à mouches en galuchat… Un monde de raffinement s’ouvre. Le XIXème siècle semble faire preuve d’une créativité illimitée dans les formes de flaconnages : figurines ou angelots en porcelaine, flacon tête de cygne en cameoglass, flacon broche ou bague… Une vitrine est dédiée à l’acquisition de fleurons de la parfumerie du début du XXème siècle. Voir le flacon chandelier en cristal doré Sleeping de Schiaparelli et le flacon tonnelet With Pleasure de Caron…

On rêve aussi devant l’étendue de l’orgue à parfum. Des fioles intouchables. Mais le musée offre la possibilité de jouer à l’apprenti-parfumeur en testant son aptitude à reconnaître de multiples arômes sous forme de concrète (réglisse, rose, ananas…). Ce lieu à l’atmosphère unique distille l’envie de connaître l’histoire fabuleuse du parfum.

Le Musée du Parfum – Fragonard / Collection permanente en accès libre