Cirkopolis – le Cirque Eloize au 13ème Art

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Une scène sans limite, ouverte à toutes les disciplines : arts du cirque, danse, arts visuels… Comme un écho à Metropolis, Cirkopolis s’inspire librement du monument cinématographique de Fritz Lang. Un fond d’écran nous précipite dans la ville basse et projette une perspective fuyante dans un travelling arrière accéléré, comme pour déstabiliser l’espace. Le décor est minimaliste, planté dans un esprit bureaucratique. L’énergie du peuple travailleur est décuplée par les mécaniques de précison humaines qui se succèdent sur une bande-son effrénée, saturée de références : fanfares triomphales, airs de romances désuètes ou chant soviétique.

Les tableaux jonglent avec les codes et les rouages du cirque. Une acrobate à la fois hypertonique et hyperlaxe exécute un grand écart spectaculaire. Une roue allemande est emmenée dans une course de haute-volée. Un magicien du diabolo semble en mouvement perpétuel. Les artistes se synchronisent dans des marches martiales et des chorégraphies constructivistes parfaitement huilées. Un couple félin bondit sur un mât chinois et montre ses prouesses. Les transitions entre chaque numéro sont ponctuées d’effets de surprises.

Des projections visuelles accentuent le vertige des performances et transportent le spectateur dans un autre espace-temps. Des touches de couleurs vives font progressivement leur apparition parmi les costumes à dominante vert-de-gris, puis surgissent des clins d’oeil à l’esthétique du cirque, comme cette grappe de ballons gonflés à l’hélium. Les énergies pulsent de toutes parts. Le rythme frénétique est parfois rompu par des moments d’abandon ou des instants de grâce pure : une acrobate en apesanteur sur une roue Cyr, des pas féminins s’incrustant au-dessus de mains tendues, un duo entre un clown et une robe en suspension sur un porte-manteau. Le final explose dans une ovation de la salle. Bravo !


Cirkopolis – Cirque Eloize – du 05 au 29 octobre au nouveau Théâtre 13ème Art       Du mardi au samedi à 21h, le mercredi et le samedi à 16 h également, et le dimanche à 15h .

Infos et réservations sur le site du Théâtre 13ème Art

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Welcome to Woodstock

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Nostalgiques des années flower power, ce spectacle est pour vous ! Suivez le périple d’une bande de copains qui fait le grand voyage pour vivre le concert mythique de Woodstock, juste après la révolution de mai 68. Welcome to Woodstock est un road trip musical et psychédélique plutôt planant. Laissez-vous transporter par le climat musical de l’époque, dans un festival de rêves, d’expériences limites et d’amours forcément libres.

Sur scène, 12 musiciens, chanteurs et comédiens donnent toute leur énergie et interprètent en live des chansons cultes des Who, des Doors, des Pink Floyd, de Janis Joplin, Bob Dylan ou Jimi Hendrix… avec des performances très réussies.  Les décors font défiler sous vos yeux des tableaux immersifs dignes des hallucinations de Yayoï Kusama. Un écran géant vous replonge dans les archives du concert en grandeur nature. On s’y croirait. Petit bémol : les dialogues font référence à la culture hippie mais commettent quelques sautes spacio-temporelles et les chorégraphies ne sont pas vraiment construites. Mais le spectacle ne prétend pas être une comédie musicale. Dans la salle, la génération Peace and Love est enthousiaste.

Welcome to Woodstock – Jusqu’au 7 janvier au Théâtre Comédia.

Plus d’info

Voyage à Saint-Pétersbourg et ses environs / Deuxième partie

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Les ruines de Gostilitsi et la splendeur de Peterhof

Malgré une pluie battante, et avec l’espoir d’une embellie, nous quittons Saint-Pétersbourg vers Gostilitsi. L’autobus dessert plusieurs petits villages avant d’atteindre le nôtre, où ne subsistent que quelques bâtiments agricoles, un café, une épicerie. Nous logerons dans 2 baraquements perdus au milieu d’un vaste corps de ferme désert, passablement en ruine. Nous passerons seulement une nuit dans un confort rudimentaire : une paille comparée aux conditions acceptées par bien des soviétiques ayant travaillé à l’édification du pays, comme en témoignent les récit recueillis par Svetlana Alexievitch dans « La Fin de l’homme Rouge ou le désenchantement».

Le chantier nécessiterait bien plus de bras et de temps. Gostilitsi est un palais construit au 18ème siècle. Une résidence de chasse impériale dont les années ont eu raison, même s’il subsiste des vestiges du magnifique bâtiment et de son parc. Nous débitons un arbre mort à grand peine, car les dents de nos scies ont du mal à entamer le bois gorgé d’eau. Les averses ininterrompues ont raison de nos efforts et nous incitent à programmer dès l’après-midi une visite dans au palais Peterhof, qui semble proche à vol d’oiseau mais requiert plusieurs changements d’autobus… La lumière est magnifique.

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Penati, la maison-atelier du peintre Répine

Après un retour à la civilisation et au raffinement de Pétersbourg, nous entreprenons un nouveau trajet en autobus vers le nord-ouest, en direction de Penati, la maison d’Ilia Répine, un peintre majeur du 19ème siècle. Répine s’est formé à l’Académie des Arts de Saint-Péterbourg et, coïncidence, a occupé pendant sa jeunesse, le petit appartement qui nous accueille sur l’île Vassilievski. En retrait de l’animation Pétersbourgeoise, cette demeure porte l’empreinte des idées progressistes qui ont animé ce peintre du mouvement des Ambulants, désireux de sortir du cadre convenu de la peinture de genre. Dès l’entrée, un écriteau d’époque spécifie aux invités les règles de la maison : nul besoin d’un domestique pour se défaire de son manteau, ni d’attendre que l’on vous ouvre une porte pour en franchir le seuil. Un ingénieux système de plateau tournant permet de se passer de service à table. L’atelier est resté dans son jus. Des reproductions de toiles exposées au Musée Russe ou ailleurs frappent les esprits par leur réalisme. Extérieurement la maison est biscornue, avec des pièces en excroissance conçues avant tout en fonction des besoins en lumière.

La pluie persistante contrarie nos projets d’entretien du jardin, qui d’ailleurs est fort bien tenu. Mélancoliquement, nous errons un moment au bord du Golfe de Finlande. A l’horizon se profile l’île de Kronstadt, foyer de révolte des marins bolchéviques contre le pouvoir léniniste en 1921.

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Départ pour le Monastère Tcheremenetski

Depuis la gare Baltiskaïa, le train rapide nous emmène au Sud de la ville, dans une petite ville dont le nom est précisément dérivé de ce point cardinal : Luga est une déformation de Ioug. Accueillies par l’un des moines, nous sommes convoyés vers le Monastère Tcheremenetski, qui dévoilent ses bulbes en contre-jour à la lumière tombante. Le dîner et les autres repas se prendront dans le réfectoire monacal, à des tranches horaires différentes de celles de la communauté masculine qui vit en ces lieux. Consigne est donnée de ne se montrer trop joviale, en signe de respect pour leur vocation. En plaisantant, on envisage même de me rebaptiser d’un prénom un peu plus orthodoxe. Pourquoi pas Oxana ou Xénia ?

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Nos missions seront essentiellement d’ordre agricole : désherber des rangée de plants de pommes de terre. La terre humide s’avère clémente et n’oppose aucune résistance. La deuxième tâche peut prendre un tour plus spirituel puisqu’il s’agit de nettoyer l’escalier ascendant qui conduit à la porte de l’église. Eglise où nous seront conviées à assister à une cérémonie religieuse le dernier jour. Le monastère a connu bien des déboires : à la Révolution, il a été saccagé, puis transformé en dancing pendant les années soviétiques. Il n’a pas été épargné par les tirs lors de la grande guerre patriotique contre les Allemands. Les paysans des environs ont pillé les pierres pour les réutiliser dans des constructions destinées au bétail. Il s’offre une nouvelle jeunesse depuis peu et a retrouvé l’icône de Ioan (Saint-Jean), authentifiée par des experts et préservée pendant les années troubles à la Laure d’Alexandre Nevski, à Saint-Pétersbourg. On attribue à cette icone des vertus miraculeuses. Autre miracle plus prosaïque, dû à la technologie : le clocher est connecté. On peut le programmer à partir d’un smart-phone en sélectionnant l’une des 40 mélodies disponibles.

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Édifié sur une île au milieu d’un lac et rattaché à la terre par une route unique, tout le monastère est baigné d’une atmosphère sereine, bercé de clapotis et du bruissement des roseaux. Nous croisons par moment des moines qui semblent issus d’un autre siècle. Nous partageons une nourriture frugale à base de soupe, salades et kacha. En note finale, un thé saturé de sucre et bouilli des heures durant ou une kompot (autre faux-ami : il s’agit d’une décoction de fruits rouges, récoltés au potager).

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En déambulant dans les environs, nous découvrirons en annexe du monastère un ensemble de chalets de bois pouvant accueillir des familles en quête de nature, de calme ou de recueillement. Alexeï, philosophe de profession et gardien du camps cet été, nous offre un du thé, pendant que le soleil s’embrase au dessus des bulbes dorés et les font scintiller une dernière fois avant la tombée de la nuit. C’est décidé, nous irons dès demain à la fraîche canoter sur le lac, avant de débuter notre journée de travail.

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Voyage à Saint-Pétersbourg et ses environs / Première partie

 

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis mes précédents séjours à Saint-Péterbourg… J’ai eu envie de me replonger dans cette ville en évitant l’approche touristique frontale. Au mois d’aout 2017, je me suis engagée en tant que volontaire auprès de Mir Tesen, association russe attachée à la valorisation et à la restauration du patrimoine national. J’ai passé deux semaines à sillonner cette ville insulaire et à rayonner dans la campagne des alentours.

Avant de rejoindre le petit groupe de volontaires dans les locaux de Mir Tesen sur l’île Vassilievski, du coté de l’Académie des Arts, j’ai résidé 3 jours dans un hôtel sur la perspective Nevski, à quelques pas de la place du Palais de l’Ermitage. Cet hôtel imaginé dans un esprit contemporain (design recherché, cours de yoga et thé à volonté) occupe un ancien appartement bourgeois qui n’en est plus à à sa première reconversion.

Il m’est impossible de retranscrire ici l’intégralité de mes impressions de voyage. Mais voici un aperçu de l’atmosphère de ce périple.

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Privet Saint-Pétersbourg

A peine arrivée, la ville me happe : le rythme frénétique de la Perspective Nevski, où se situe mon hôtel, l’espace immense de la place du Palais, les promenades le long des quais, le franchissement d’un pont après l’autre pour rejoindre l’île Vassilievski, le quartier de Petrogradskaïa, puis l’île centrale occupée par la forteresse Pierre et Paul, plus calme, et dont les rives sablonneuses sont la plage attitrée des pétersbourgeois…

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Le dimanche de toutes les célébrations

Toute la ville est en effervescence et converge d’un même pas vers la Néva, où vont parader des navires amiraux de la flotte russe ainsi qu’un sous-marin de guerre. Vladimir Poutine est posté sur une tribune d’honneur à l’Amirauté. De mon coté, je remonte la perpective Nevski à contre-courant, vers Notre-Dame-de-Kazan. Tête couverte et légèrement baissée, je franchis allègrement le contrôle visuel des deux cerbères qui préservent le moment du culte de la ferveur des touristes. Recueillement dans les exhalaisons d’encens et les choeurs de l’église. Puis, je bifurque sur le canal de la Moïka pour rejoindre Saint-Nicolas-des-Marins caractérisée par ses églises haute et basse. J’assiste au moment où l’iconostase s’ouvre sur des ors à couper le souffle.

Au retour, j’ai du mal à m’orienter dans les méandres de la Griboïedova pour rejoindre le Pont des Lions. Je demande conseil à un marin qui tient à m’escorter en personne à bon port. Il est un peu dépité par le bain de foule qui l’a empêché de profiter du spectacle de « sa » journée. De nouveau à contre-sens sur la perspective Nevski, je croise une multitude de drapeaux de la marine, dont bon nombre comporte l’étoile rouge, la faucille et le marteau. Ils témoignent de la nostalgie de l’ère soviétique. Vers minuit, des tirs de feu d’artifice trouent un ciel triomphalement lumineux.

 

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Une autre entrée dans l’Ermitage

Faisant face au Palais émeraude, au niveau de l’Arc de Triomphe, d’anciens bâtiments de l’Etat Major font désormais partie des annexes de l’Ermitage, et s’avèrent nettement moins fréquentés. Une partie des collections exceptionnelles du Musée a été transférée cet espace démesuré, dûment restauré. Les cimaises se déploient sur de vastes pans de murs blancs. Je m’attarde au dernière étage, là où les collections de Chtchouchkine et Morozov peuvent largement rivaliser avec celles du Musée d’Orsay, dans une profusion de Monet, Van Gogh, Picasso, Derain, Gauguin, Matisse, Bonnard… Tout Paris s’est pressé devant la collection Chtchouchkine, prêtée cet hiver à la Fondation Vuitton, juste avant son accrochage en ce lieu revu pour un nouvel usage.

 

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La Nouvelle Hollande par l’architecte Norman Foster

Entouré de canaux, cet îlot comporte un parc paysagé, où sont proposés des cours de yoga, un plan d’eau accueillant une terrasse flottante, une aire de jeu en bois naturel… Elle témoigne de la volonté d’un art de vivre hédoniste. Pièce maîtresse de ce nouveau quartier, la Botilka, ancienne prison circulaire, vient d’être reconvertie en galeries sur 3 niveaux : restaurants, culture et bien-être. Quel contraste avec le sinistre Bastion Troubetskoï de la Forteresse Pierre et Paul, qui est resté dans son état d’origine et où plane encore l’ombre de Dostoïevski, détenu entre ces murs avant d’être envoyé en exil dans le froid sibérien de la « Maison des Morts ».

 

Détails de la demeure de Nabokov

Certaines boiseries et ouvrages de marqueteries font penser à des ailes de papillons aux décors symétriques. Ont-elles inspirées à l’écrivain sa passion pour l’entomologie ? Dans une vitrine, un filet à mailles fines légué par son fils Dimitri voisine avec des reproductions de pages de garde dédicacées à Véra, son épouse. Des éditions des premiers ouvrages signés du pseudonyme Sirine, des photos de famille et même des ouvrages de la bibliothèque paternelle dispersés, revendus (et retrouvés par hasard chez des bouquinistes à l’étranger) sont réunis dans ce fond. Un film de la BBC retransmet une interview de l’auteur dans les années 60. Nabokov s’exprime sur son art et, moment d’anthologie, déclame des vers de Pouchkine dans sa langue maternelle. Un film russe part sur les traces de la propriété de famille qui a inspiré Ardis dans Ada.

 

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Back to the Perestroïka

Pajalousta Anna, emmène-moi dans un endroit que seuls, les Russes connaissent… Après quelques hésitations, Anna propose un concert dans un lieu culte : la Kamtchatka. Dans ce sous-sol glacial a vécu Victor Tsoï, poète rock et chanteur du groupe underground Kino. La chanson Peredniom (Changements) est devenue un hymne de la Pérestroïka et a rallié les cœurs de toute une génération. Aujourd’hui encore, elle est reprise lors de manifestations s’opposant au régime.

La Kamtchatka est à la fois un musée et une scène de poche où se produisent tous ceux qui reprennent les chansons du chanteur disparu prématurément. En apprenant qu’une française connaît Victor Tsoï, Alexeï me cède sur le champ sa place au premier rang et poste sur Facebook un selfie avec moi. Prise par une musique que j’associe à cette époque où tout semblait possible, en Russie post-soviétique, je reprends en chœur des paroles qui ressurgissent de ma mémoire. Deux femmes tiennent à m’offrir une chaînette pour sceller notre communion. Ce geste me va droit au cœur.

 

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Le vilain petit canard de l’île Élaguine

Après deux changements de métro, calme balade dominicale sur l’île d’Élaguine au nord de la ville. La pluie nous rapproche d’une Pétersbourgeoise alors que l’on s’abrite sur des balancelles munies de toits protecteurs. Zénaïda, nous fait les honneurs d’un parc qu’elle connaît comme sa poche : les dernières naissances parmi les cygnes, le chêne planté de la main-même du Tsar Pierre Premier, le palais et ses dépendances. Au passage, vision du nouveau stade qui accueillera le prochain Mondial et sur le plus haute tour d’Europe en construction, dont les arêtes sont torsadées. Zénaïda nous parle des katamaran de l’île, mais, déception, ce terme fait partie des faux-amis : il s’agit de vulgaires pédalos.

Merci à Irina, Anna et Adrianna de Mir Tesen, à Zénaïda, Galina et Igor pour ces balades dans leur ville natale, à Irina pour son accueil à  Artway Design Hôtel, au public rencontré à la Kamtchatka

The sleeping green, quand la mémoire affleure des champs de bataille

 

Lumineux et désertiques, ces paysages ouvrent des abîmes de questionnements. La terre enfouit-elle une mémoire au plus profond de ses entrailles ? La photographe canadienne Dianne Boss a arpenté la zone frontalière entre la France et la Belgique et sondé les champs de batailles du front Ouest, saignés par des réseaux de tranchée lors de la Première Guerre Mondiale. Elle est passée là où le fil des saisons suture peu à peu les traces de cicatrices à peine refermées.

Présentés dans des cadres noirs à la façon de faire-parts de deuil, ses grands formats carrés embrassent des espaces désolés où le souvenir affleure par rafales sporadiques. Un halo créé une déflagration dans l’image, la brume s’opacifie par moment et brouille la vue, des appels d’air semblent perforer le ciel, des constellations d’étoiles se présentent comme des échappatoires entre flash et trou noir… Sillonné de tranchées, le paysage est criblé de symboles. En ligne de mire : un champ éphémère de coquelicots rouge sang ou un fantomatique troupeau de moutons sacrificiels.

Exploitant les techniques argentiques, la photographe greffe à ses tirages des éléments issus de ce terrain mortifère. Ils se révèlent par surimpression lors du développement telle cette poignée de fleurs fraîches jetée par dessus un cratère. Ça et là, des herbes coupées créent des effets de transparence, ouvrant des profondeurs insoupçonnées. La beauté éthérée détonne sur fond de mémoire de plomb.

The sleeping green. Un no-man’s land cent ans après – Exposition de photographies de Dianne Bos / Centre Culturel Canadien – Jusqu’au 8 septembre

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Medusa, bijoux ou tabous ?

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Si vous cherchez la perle rare parmi les expositions parisiennes du moment, vous visiterez Medusa Bijoux et tabous avec les yeux brillants. Et vous ne regarderez plus jamais les colliers, bracelets ou autres bagues de la même façon. Il est des bijoux que l’on arbore, d’autres que l’on exhibe, d’autres que l’on se refuse à enlever, d’autres que l’on offre rituellement… Toutes ces facettes, et d’autres plus transgressives, sont présentées à travers un ensemble de plus de 300 pièces.

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Quatre sections scrutent à la loupe le statut des bijoux, depuis de rares specimens archaïques jusqu’aux créations contemporaines. Identités et subversions met l’accent sur les codes de reconnaissance – Valeurs et contre-valeurs réunit des pièces de joaillerie comme de la pacotille – Corps et sculpture oscille entre les ornements au service du corps et l’émancipation des formes dans le bijou d’artiste – Rites et fonctions invoque la pensée magique ou l’usage dont sont investit certains bijoux.

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Laissez-vous guider par ce discours savant sur les parures, ou par vos coups de cœur et votre étonnement face à des modèles inoubliables. Le sautoir de Gabrielle Chanel, réédité par Karl Lagerfeld, qui habille une tenue toute entière. Le vénéneux et tentateur « Collier Serpent » de la Maison Cartier. Un collier d’esclave du 19ème et une version moderne de Louise Bourgeois. « L’Étoile filante » de Chanel Joaillerie, qui s’affranchit des lignes classique du collier en dégageant le cou. Une contraignante coiffure perlée de dame de la dynastie Qing. Les broches « Oiseau en cage » et « Étoile jaune » de Cartier qui témoignent des heures sombres de la deuxième guerre mondiale. Un collier de nouille à haute valeur sentimentale. Des bijoux-prothèses comme cette extension de bec de pigeon, qui donne à un volatile commun des allures de rapace. Les importables bijoux de langue d’Emmanuel Lacoste. Une fleur toxique de Victoire de Castellane, reposant sur un coussinet de pierre. Un collier pour enfant en ambre, aux vertus supposées protectrices et une série d’amulettes. Les tubes perlés de Hubert Duprat ouvragés minutieusement par des insectes. Des bagues à poisons, à parfum, à eau, à tricheur… Et tant d’autres joyaux dont certains vous laissent pétrifié !

Medusa, bijoux et tabous – Exposition au Musée d’Art Moderne de Paris – Jusqu’au 5 novembre

© Les photos sont issues du site du Musée D’Art Moderne

À pied d’œuvre(s) à la Monnaie de Paris

Pendant des siècles, la sculpture s’est érigée vers le ciel, a cherché à se déployer librement dans l’espace et à prendre son envol, du haut de son socle. Mais dans ce parcours résolument moderne, sa dimension horizontale ainsi que sa proximité avec le sol tissent un autre fil conducteur. À l’occasion des 40 ans du Centre Pompidou, un ensemble représentatif, issu des collections permanentes du musée, est présenté dans les salles d’exposition de la Monnaie de Paris.

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Bascule des plans et rupture d’échelle s’imposent d’emblée. Dans l’escalier d’honneur vous  levez les yeux et contemplez une vidéo survolant l’immense Jetée de Smithson posée sur l’étendue du Grand Lac Salé en Utah. Une oeuvre maîtresse du Land Art, qui épouse la réalité du terrain. Sur le dallage du vestibule une œuvre de Michel Blazy est livrée au moindre souffle d’air et au principe de transformation constante.Comme une apologie de la légèreté, elle serpente librement. Après avoir franchi un rideau, vous plongez en immersion et en apesanteur dans les projections évanescentes de Pipilotti Rist, qui semblent rebondir sur l’écran constitué par le sol.

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Spectaculaire, Red Angel of Marseille (James Lee Byars) vous ramène à un ordonnancement symétrique qui répond à l’agencement classique du salon d’apparat et à l’ovale du ciel peint au plafond. Ces volutes constituées de 1000 sphères de verre grenat jouent avec la lumière, se laissent traverser ou bien renvoient les reflets des fenêtres qui ponctuent les murs. À vous de multiplier les points de vue pour mieux appréhender cette forme éclatée.

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Salle Jean Varin sont réunies 3 sculptures-manifestes qui remettent radicalement à plat les principes de la verticalité de la sculpture. RP3, Ci-gît l’espace d’Yves Klein se veut la mort annoncée d’une spatialité classique. Trébuchet de Marcel Duchamps se présente comme un porte-manteau cloué au sol. Il renverse le positionnement et la fonctionnalité habituelle de l’objet en lui faisant acquérir la dimension artistique du ready-made. La poignante Femme égorgée de Giacometti, mord pitoyablement la poussière et toise de haut, non sans pitié.

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Installées dans le cadre séculaire de la Monnaie de Paris, ces œuvres singulières acquièrent par contraste un supplément de lisibilité. La géométrie rigoureuse des 158 segments disposés par Carl André vient se superposer aux motifs réguliers du parquet, dans un subtil décalage. La spirale de Tony Crag se love dans la rotondité de la Salle Babut de Rosan avant de se dilater progressivement.  La pesanteur des œuvres minérales d’Ulrich Rückriem ou de Tatiana Trouvé se confronte directement au marbre imposant d’une cheminée. L’œuvre performative de Jochen Gerz vous ancre dans le sol et vous oblige à vous positionner parmi ces oeuvres. Vous êtes au pied du mur.

À pied d’œuvre(s) – exposition à la Monnaie de Paris / jusqu’au 9 juillet

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Rester à l’affût au Musée de la Chasse et de la Nature

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Laissez palpiter vos narines, dressez l’oreille et habituez vos yeux à la semi-pénombre. Vous êtes en condition pour visiter le Musée de la Chasse et de la Nature. Vos trophées : 4 parfums composés par Antoine Lie…

Article à lire sur le site de The Fragrance Foundation France

A l’Aquarium de Paris, les artistes font des vagues

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Lové discrètement dans les sous-sols du Trocadéro, l’Aquarium de Paris conserve des spécimens de toute beauté évoluant derrière des parois de verre panoramiques. On y contemple des mérous peu farouches, des murènes qui glissent à la façon de reptiles, des méduses phosphorescentes venues des abysses, des homards bleus en sommeil, des massifs de posidonies agités par les courants et mille autres splendeurs animales ou végétales… Le parcours invite à se plonger dans toutes les mers du monde, depuis celles de la métropole jusqu’aux eaux des outre-mers. Spiralé comme un bigorneau, il conduit jusqu’au monde des requins. Ce vivier monumental (le plus important d’Europe) est traversé par un tunnel où l’on approche de très près les squales !

Ce cadre impressionnant est propice à sensibiliser tous les âges à la sauvegarde des océans. L’Aquarium de Paris accueille une exposition témoignant de l’action menée par l’Association GhostNet, qui réunit des artistes australiens luttant activement contre l’accumulation de « filets fantômes », à quelques encablures de la Grande Barrière de Corail. Des pêcheurs peu scrupuleux s’en débarrassent, les laissent dériver et s’accumuler, causant ainsi la mort de poisson-scies, tortues, pieuvres ou autres espèces protégées. L’association récupère ces funestes filets, et des artistes engagés les recyclent dans des sculptures à l’effigie des disparus. Un hommage fort, quand on sait que, selon la croyance aborigène, tuer un animal équivaut à tuer l’esprit d’un homme défunt qui s’y réfugie.

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Pour lutter contre la mort des coraux, la photographe Hélène Ash utilise une arme de dissuasion massive : la beauté. Elle capte inlassablement le détail des formes et les nuances parfois fluorescentes des massifs coraliens, qu’elle restitue dans la série La traversée des Apparences. La beauté sauvera-t-elle le monde sous-marin ? Autre point de vue à suivre, celui de l’artiste Codex Urbanus. Il orne les murs de ses créatures marines chimériques, qui rappellent parfois les tatouages des marins et de tous ceux qui, toujours, chériront la mer…

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Corail, cœur de vie – Parcours artistique / jusqu’au 30 septembre à L’Aquarium de Paris

 

« Le Horla » de Maupassant se déchaîne au Théâtre Michel

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Au Théâtre Michel, le comédien Florent Aumaître donne corps au texte de Maupassant. Seul en scène, il se démultiplie, occupant tous les replis d’un espace qui semble être le lit d’une présence étrangère, invisible mais envahissante. Cette puissance inquiétante étend progressivement son emprise sur un homme à sa merci.

En égrenant les dates de son agenda, le narrateur revit l’implacable progression du phénomène qui le happe corps et âme. Avec lui, le spectateur est renvoyé à différentes hypothèses : psychose hallucinatoire, possession par un esprit maléfique, manipulation hypnotique, présence fantomatique ? Sur une scène minimaliste, chacun des détails s’additionne pour créer le malaise. L’ampleur du phénomène s’installe à travers le jeu corporel d’un acteur très habité, son regard fou, le travail de l’éclairage qui révèle les profondeurs de la psyché ou les rougeoiements d’un brasier dévastateur… Le hors-scène prend aussi tout son sens car c’est dans le huis-clos de sa maison que la folie qui prend pour nom Le Horla se tapit, guette notre homme et s’en empare.

L’enchaînement de ces épisodes nous plongent dans le monde de Maupassant, dont la propre vie fut le théâtre de crises d’hallucination aigües. Couché sur le papier, Le Horla se réveille pour venir hanter cette scène parisienne. Dans cette performance puissante et juste, la beauté fantastique de l’oeuvre initiale s’accentue encore.

Le Horla de Maupassant au Théâtre Michel / avec Florent Aumaître dans une mise en scène de Slimane Kacioui

Au Théâtre Michel

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