Voyage au centre des climats artificiels à la Fondation EDF

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La question climatique est indéniablement dans l’air du temps ! En présentant une trentaine d’œuvres d’artistes, le parti-pris de la Fondation EDF est simple : proposer une vision métaphorique des enjeux climatiques, et permettre à chacun de se questionner, et de les appréhender avec poésie. Les œuvres se répartissent sur 3 niveaux et selon 3 lectures : « Equilibre précaire », « Catastrophe ordinaire » et « L’état du ciel ».

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Dès l’entrée, on est invité à prendre de la hauteur de vue en surplombant un nuage généré sous nos yeux dans l’installation Cloudscapes de Tetsuo Kondo. Puis on rentre dans un état contemplatif devant le cube en plexi de Hans Haacke, où des milliers de gouttelettes captives accomplissent les cycles de condensation/ évaporation depuis de nombreuses années. Impressionnant : le mur de vagues imposantes captées en vidéo par Ange Leccia, les flux maritimes de l’Antarctique retranscrits sous forme d’une carte en algorythmes par Baily, Corby &Mackenzi… Plus dérangeants sont les aquariums conçus par Hicham Berrada, car ils sont activés chimiquement pour créer des microcosmes d’une beauté envoutante. Résonnance baudelairiennes : « les algues du mal »…

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Déstabilisant. Au sous-sol, Tetsumi Kudo sème lui aussi le doute en faisant germer une flore mutante. Le groupe HeHe, exploite les données d’Airparif et brouille à dessein la perception du nuage d’ozone flottant sur Paris… Sans équivoque, le niveau d’alerte est atteint avec l’éclair /néon de Cécile Beau présenté au ras du sol, sur fond de tonnerre. Ou bien lorsque la caméra d’Adrien Missika nous entraîne vers les entrailles de la terre en dénonçant un accident écologique.

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Au premier étage, les aquarelles fusantes de Pavel Peperstein enregistrent les dérives des nappes de pétroles répandues sur l’Océan. La mer vue du ciel est menacée. Mais la section de « L’état du ciel » nous procure surtout des sentiments plus légers… Nombre d’artistes tentent de capturer l’esprit des nuages par des techniques comme la gravure sur verre, la juxtaposition de dessins à la mine de plomb, l’ombre portée… D’immenses photos de Chris Morin-Eitner présentent Paris comme un Eden retrouvé. Dans un coin un moniteur ayant appartenu à Yoko Ono diffuse un plan fixe sur l’azur. Il a longtemps pallié l’absence de fenêtre de son atelier. Indéniablement, l’artificiel est une composante de l’écosystème de l’art…

Exposition Climats Artificiels – Fondation EDF / Jusqu’au 28 février

Instants donnés – exposition de Pol Bury / Fondation EDF

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Vous avez certainement été déboussolés par les reflets multipliés, distendus et mouvants renvoyés par les sphères en acier poli de Pol Bury. Resituons-nous : ces fontaines constituées de 14 boules de métal ont les honneurs de la cour du Palais Royal, juste à coté des colonnes de Buren. Si vous souhaitez pénétrer davantage l’œuvre de ce sculpteur majeur de l’art cinétique des années 50, direction rive gauche à la Fondation EDF. De multiples pans de son travail y sont actuellement exposés.

Vous y découvrirez comment des formes abstraites, boules, cylindres ou cubes, peuvent s’animer d’une vie propre, créer la surprise et des instants de poésie pure. Votre regard sera aimanté par le mouvement lent et aléatoire de 25 œufs de laiton posés sur un plateau, roulant lentement et s’entrechoquant à la manière de billes de billard. Vous discernerez des bruits mats ou cristallins, des tintements métalliques, voire des effets musicaux produit par les vibrations de cordes tendues. Toute cette palette de sons est issue des matière de prédilection utilisées par le sculpteur : bois, liège, nylon, acier, laiton, cuivre… Vous contemplerez des bas-reliefs érectiles ou vibratiles, en configurations variables, des panneaux munis de cils en nylon qui semblent détecter votre présence à la manière d’anémones de mer. La sculpture 43 éléments se faisant face vous évoquera à la fois les pistils de plantes carnivores et des champs magnétiques puissants. Toute une œuvre dont la lenteur est l’élément moteur…

Instants donnés – exposition de Pol Bury / Fondation EDF – Jusqu’au 23 aout

#STREETART / Fondation EDF

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Quand la Fondation EDF montre du Street Art, elle met en lumière les dernières versions de ce mouvement : le light painting, le Water light Grafitti d’Antonin Fourneau et l’application Picturae développée par Patrick Suchet. Prenez en main LED, pinceau ou spray laser pour les tester. L’expo est interactive. Elle est aussi didactique : une série de mots clés est placardée sur les murs de l’escalier de la Fondation pour s’initier. Un sticker n’est pas un collage, les graffeurs (et non graffiteurs) peuvent opérer en crew (mais jamais en team), parfois en mode vandal.

Le commissaire Jérome Catz, auteur d’un livre de référence sur le sujet (paru chez Flammarion), ne présente pas seulement des graffeurs stars, voire institutionnalisés. Même si, au passage, on en prend plein la vue avec l’anamorphose Pegasus de Truly Design, un mur entamé au burin par Vhils, ou bien la présence inerte de performeurs statufiés par Mark Jenkins… Cette exposition met en perspective tout le mouvement. Les origines depuis les Graffitis photographiés par Brassaï, les premiers tags des writers sur des métros new-yorkais, l’éveil de l’intérêt des galeristes… jusqu’au derniers développements sur la toile d’internet. En intégrant un QR code dans ses « postes de radio » ou « caméras de surveillance » Sweza créé un lien direct de la rue au digital. Quand Ubisoft s’adjoint la collaboration de C215 pour le jeu Far Cry 4, il pousse encore le Street Art vers le territoire numérique. Les deux géants du genre, JR et Shepard Fairey, utilisent les nouvelles technologies pour amplifier leurs messages.

Internet permet aussi de conserver et partager une multitude de traces éphémères vouées à l’érosion urbaine, particulièrement rapide. Voir les personnages enlisés de Isaac Cordal en sursis à Paris ou St-Pétersbourg, ou les miniatures de Slinkachu à peine perceptibles à l’oeil nu dans la ville. Une cartographie mondiale du Street Art a pu ainsi être dressée et un catalogue numérique est consultable en ligne.

Par écran interposé, on peut aussi visualiser toute l’ambiguïté de la relation marque / graffeur. Les publicités de LG et Chevrolet sollicitent ou récupèrent à bon compte l’image urbaine et fun de la street culture. Des personnalités comme Kidult se chargent de dénoncer cette pratique par une signature colorée appliquée à l’extincteur sur les vitrines parisiennes concernées. Colette déteste. Dior n’adore pas. Le WWF prend position contre la dégradation de l’environnement en prenant des flancs d’animaux comme supports de tags. Sauvagement efficace. Comme le Reverse Graffiti, une technique qui décape la saleté urbaine pour mieux imprimer un graff.

#STREETART  L’innovation au coeur du mouvement / Fondation EDF – Jusqu’au 1er Mars 2015

Que la lumière soit ! – Fondation EDF

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Divine lumière… L’exposition Que la lumière soit ! déroule les fils du design d’éclairage et ses perspectives. Au commencement était l’invention de la douille et de l’ampoule. Au XXème siècle furent les écoles scandinave et italienne, brillant dans la création de suspensions et autres lampes d’architectes. La Fondation réunit sous vos yeux une collection impressionnante de luminaires iconiques : l’Artichoke de Pool Henningsen, la Moon Lamp de Verner Panton, la Parentesis des frères Castiglioni… Des flambeaux du XXème siècle devenus des classiques.

Tout est illuminé… Avec l’apparition des LED, la lumière se plie à toutes les formes et les usages, mais en mode basse consommation. Démonstration éclatante par le prototype  Lotus, de Dan Roosegaarde, une lampe d’ambiance dont les pétales réagissent à des capteurs pour diffuser la lumière avec parcimonie. Voir aussi l’installation de néons Chromosaturation de Carlos Cruz-Diez, qui pose le problème de la pollution lumineuse. La palme du recyclage va au lampadaire carnivore Lampshade Robot d’Auge et Loizeau, dont le rayonnement attire les mouches pour en tirer son énergie. Les imaginations peuvent s’enflammer et se projeter dans un avenir radieux !

Que la lumière soit ! Exposition à la Fondation EDF / Jusqu’au 31 aout

 

En vie, aux frontières du design / Espace de la Fondation EDF

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Terrain fertile, l’Espace de la Fondation EDF présente en vie / alive, où prolifèrent les jeunes pousses d’un design en phase avec la nature. Tournés vers le futur, ces designers aux mains vertes, parfois bio-hackers, développent des protocoles mimétiques ou collaboratifs pour produire autrement l’essentiel (habitat, vêtement, voire même aliment).

Dès le premier coup d’œil, l’exposition est spectaculaire. Le jardin suspendu, luxuriant et féérique, de Philippe Beesley se déploie dans tout l’espace. Munies de milliers de capteurs, les corolles de plumes à portée de mains répondent à vos effleurements, ce qui stimule la croissance des protocellules placées dans les bulles de verre. Cette installation baptisée Radiant Soil développe les interactions favorables entre l’homme et la nature. Par votre souffle vous pouvez aussi contribuer à la culture d’algues nutritionnelles (bien qu’issues des égouts de Paris…) de l’arbre de vie Horthus.Paris. Un projet salutaire conçu par EcoLogicStudio.

Artisanat d’un nouveau type : l’artiste-designer Tomas Libertiny a su reprogrammer une ruche en embauchant 600 000 abeilles/ouvrières pour modeler un vase de cire. De son coté Suzanne Lee s’est adjoint le concours d’organismes bactériologiques pour générer tissus ou souliers vraiment stylés… Un voyage au centre de la biotechnologie. Visionnaire.

En vie – Aux frontières du design /  D’Days / Exposition à l’Espace de la Fondation EDF – Jusqu’au 1er septembre

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