La jeune fille et l’Ange, Francesca Woodman

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Cet ange n’a fait que passer. Fugitive, sa présence diaphane a été captée par le diaphragme de Francesca Woodman, recueillant des indices impalpables. En devenant son propre sujet d’investigation, la jeune fille définit une écriture très personnelle selon un format carré marqué d’une géométrie intime. Francesca Woodman sort des conventions de l’histoire de l’art. Son corps n’est pas un modèle qu’elle prête au regard d’un maître, mais l’objet d’une auto-appropriation. Comme si sa photographie cherchait à retenir son enveloppe corporelle dans l’espace étroit où il est confiné (voir la série Space).

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L’emprise de l’Ange apparaît peut-être dès l’autoportrait de Francesca à 13 ans, sa lumière s’infuse dans les séries des années 70 (voir From a series on Angels). Le corps refuse d’habiter pleinement l’image en Noir et Blanc. Il sort du cadre, se masque derrière un écran de papier ou se révèle derrière un morceau de verre acéré plaqué à même les chairs… Il se donne à voir dans le reflet furtif d’un miroir, dans un simulacre de jeu sexuel avec un dénommé Charlie, par effeuillage et déchirure d’une feuille de papier lors d’une performance à Providence Rhode Island. La tension présence / absence s’installe tout au long des images.

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Le corps tronqué immobilisé peut être assimilé à une « nature-morte » ambivalente ou une abstraction. Il incarne la verticalité par les jours d’un collant porté à même la peau ou bien l’horizontalité par un jeu de bondage de rubans adhésif. Négation pure ou prétexte plastique ? Sa substance tend à se dissoudre dans l’environnement, disparition programmée. Ses avant-bras se revêtent d’un manchon d’écorce de bouleau et se camouflent dans les sous-bois, son torse se dissimule derrière un fragment de papier peint. Fuite en avant. La lecture de cette œuvre fulgurante se révèle particulièrement émouvante lorsque l’on sait que la jeune fille a effectué un saut de l’ange sans retour à l’âge de 22 ans.

Francesca Woodman – On being an Angel / Exposition à la Fondation HCB – Jusqu’au 31 juillet

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Emmet Gowin / Fondation Henri Cartier-Bresson

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À première vue, rien de spectaculaire dans le travail d’Emmet Gowin. La première salle montre une photographie paisible et familiale au fil du temps, la poésie des jours heureux, la simplicité des jeux d’enfants… Les générations cohabitent au sein d’un foyer où l’espace se caractérise par des murs en bois, une ampoule dénudée, la vision familière de La colonne du porche et du jardin de Danville. Les enfants grandissent. Noël apporte son lot de cadeaux et des monceaux d’emballages. Voir Edith, Noël, Danville – 1971. On accompagne l’aïeule sur son lit de mort. Ce recueil pourrait être un album de famille, couvrant les années 60 aux années 80.

En fait, cette écriture photographique est une déclaration d’amour d’Emmet Gowin à Edith, la femme de sa vie. On pénètre dans l’intimité d’un amour sans faille, dans des poses parfois confondantes de naturel. Emmet Gowin enregistre sereinement la vie conjugale, les grossesses, les naissances, l’avancée en âge. Dans les années 2000 ses portraits sont plus travaillés, comme tramés. A Panama, Edith apparaît au milieu d’une nuée de papillons, semblable à un motif sacré.

Au delà du cercle familial, où les traces du temps se glissent imperceptiblement, Emmet Gowin sonde l’empreinte de l’homme dans les paysages exploités. Pour ce professeur à l’Université de Princeton, « la photographie donne corps à nos expériences ». Dès 1980, ses vues aériennes survolent une géographie méconnue et mise à mal : mines à ciel ouvert en République Tchèque, terres défigurées par des cratères dans les zones d’essais nucléaires du Nevada, no man’s land sillonné par les pneus des 4X4 sur les rives du Grand Lac Salé… Des témoignages en noir et blanc quasi graphiques, parfois retravaillés par des bains spéciaux pour obtenir des nuances de gris colorés. La série des champs irrigués par pivots est marquée par de vastes cercles tracés à la surface de la terre. Elle semble cartographier des mandalas vides de sens.

Les deux faces d’une photographie focalisée sur l’harmonie.

Emmet Gowin – Exposition de photographies – Fondation Henri Cartier-Bresson / Jusqu’au 27 juillet