Echappées belles à l’exposition Jardins du Grand Palais

La sève monte. En phase avec l’arrivée du Printemps, le Grand Palais ouvre une exposition intitulée Jardins. Essentiellement un tour d’horizon des jardins français. Sans parti pris chronologique ou didactique, le parcours multiplie les perspectives en y greffant les contributions de botanistes, de joaillers, d’artistes classiques, de plasticiens contemporains, de photographes, de cinéastes, de paysagistes… A tel point que l’on a parfois l’impression de circuler dans un labyrinthe touffu, à l’image de celui du parc du château de Versailles. Devant l’homme, la nature reprend ses droits, et ce sont des visions changeantes et insaisissables qui sont offertes. Dans les salles, les bancs circulaires de Tectona  nous incitent à une contemplation à 360 degrés.

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On entre dans cette exposition-promenade par le Square Jean Perrin, après avoir contourné le parterre central où trône le Pot d’Or monumental érigé par Jean-Pierre Raynaud. Dès la première galerie, nos pas suivent les confrontations spatio-temporelles de l’accrochage : une fresque naturaliste issue de Pompéi fait face à une toile de Penone caractérisée par un enchevêtrement vivace de traces d’écorces, collectées par la technique du frottage. Les Texturologies – ombreuses, rousses ou ocrées – de Dubuffet contiennent en germe les nuances de la Bibliothèque de terres / Loire de Koïchi Kurita, qui s’étendent au sol. On cueille des yeux les joyaux floraux figuratifs des maisons Van Cleef & Arpels et Cartier. Puis, dans la vitrine voisine, de modestes corolles immortelles en perles de rocaille ayant orné des couronnes funéraires.

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Les salles proposent des entrées thématiques sur l’art du jardin. Belvèdère déploie les vues plongeantes des peintures panoramiques des parcs des grands domaines de Versailles ou Saint-Cloud. Allée nous fait circuler à travers les plans d’origine de ces jardins à grande échelle. Promenade nous projette devant les chevalets des peintres d’extérieur, impressionnistes et maîtres de la lumière tels Bonnard, Morisot, ou Caillebotte…

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Comme dans un parc, on se sent en osmose avec la vigueur des compositions : La petite touffe d’herbe de Durër, vivant microcosme, la fontaine cristalline de la Grotta Azzura en verre soufflé édifiée par Othoniel, les papiers découpés d’où germent Les Acanthes de Matisse, la série des iris charnelles de Neu, les plate-bandes abstraites de Klee, la Vue du Grand canal sous l’orage photographiée par Leroux, les figures du jardiniers interprétés par Cézanne, Dubuffet ou Clauss … Au cours de nos allées et venues parmi cette profusion d’oeuvres, on mesure combien la fascination des artistes pour la nature est un terreau fertile.

Exposition Jardins – Dürer, Picasso, Watteau, Fragonard, Monet, Matisse, Bonnard, Kubrick… / jusqu’au 24 juillet au Grand Palais

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Neo/rapt architectural – Pierre Delavie au Grand Palais

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Un chaos monumental règne à l’entrée Clémenceau du Grand Palais. Tout l’ordonnancement – façades, corniches, colonnes corinthiennes – a éclaté. Le portique en ruine est au bord de l’effondrement. En fait, cette déconstruction d’un l’édifice néo-classique – dont la mémoire transpire des murs – revisite un tournant de civilisation. Il s’agit d’un chaos organisé autour de L’enlèvement des Sabine, considéré comme l’acte fondateur de la Rome Antique. La scène est représentée sur des toiles peintes dans les replis du portail, en écho à la grande exposition Moi, Auguste, Empereur de Rome… Avec ce rapt architectural, le plasticien Pierre Delavie ouvre une brèche dans nos perceptions et nos certitudes. Une auguste façon de pénétrer dans l’exposition.

Voir le site de Pierre Delavie

Installation éphémère Neo/rapt architectural de Pierre Delavie – visible à l’entrée Clémenceau du Grand Palais jusqu’au 20 juillet

L’Étrange Cité des Kabakov / Monumenta au Grand Palais

monumenta-2014-kabakov-etrange-cite Monumenta 2014 : une ville dans un monument. Une Etrange cité, ceinte de murailles immaculées,  s’est édifiée sous les voutes célestes du Grand Palais. Une projection de l’espace mental d’Ilya et d’Emilia Kabakov, artistes conceptuels d’origine russo-soviétique.

Il est conseillé d’éteindre son mobile pour entrer de plain-pied dans une méditation de pleine-conscience. Ici commence une déambulation contemplative à travers un labyrinthe de sonorités, de pavillons et chapelles. Selon les Kabakov l’architecture revêt une fonction sacrée, à l’instar de la mythique cité Manas, réplique tibétaine d’un monde supérieur. La liaison avec le ciel est confiée aux anges, présences tangibles que l’on peut approcher par l’ascension d’une vertigineuse échelle de Jacob. Voir Comment rencontrer un ange.

L’Etrange Cité s’est échafaudée sur des mythes, des fantasmes messianiques et des réminiscences de la plus pure utopie soviétique. Elle emprunte des vestiges de la civilisation radieuse et ses croyances en un art total. Ici, on reconnaît la tour constructiviste inventée par Tatline célébrant la IIIème Internationale. Là, le monument / flèche moscovite érigé à la gloire de la conquête du Cosmos…

Cette ville mystérieuse expose des halos de lumière sur les cimaises d’un Musée vide. Elle bâtit des Portails vers l’au-delà, suite à des visions récurrentes recueillies sur des toiles impressionnistes. Elle propose un culte ouvert. Soit dans une Chapelle Blanche dont les murs semblent absorber les images qui émergent du passé. Soit dans une Chapelle Sombre où se bousculent des peintures saturées d’ombre à la manière des vanités.

D’après les Kabakov, l’oeuvre interroge sur « les grandes visions du progrès, de la science et de l’élévation de l’homme, qui ont pu conduire au bord du désastre ». À méditer.

Monumenta 2014 – L’Étrange Cité  / Ilia et Emilia Kabakov – Nef du Grand Palais – Jusqu’au 22 juin

Miss Dior / Grand Palais

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Offensive de charme au Grand Palais. Ouverte à tous, l’exposition Miss Dior nous invite à gravir un escalier néo-XVIIIème siècle pour surplomber tout l’univers d’un parfum.

L’exposition dénoue les fils de la genèse d’une fragrance mythique et renoue avec la sphère artistique chère à Christian Dior. Galeriste à ses débuts, le couturier / esthète avait créé des liens avec Chagall, Cocteau, Dali, Picasso… Aujourd’hui, la Maison Dior, propose  à 15 plasticiennes et designers – pressenties par Pierre Mikaeloff – de réinterpréter l’essence de Miss Dior.

La rose, dans sa complexité précieuse, est mise à l’honneur par Carla Matti, Alyson Shotz ou Tomoko Shioyasu. Facétieuse, Joana Vasconcelos détourne des centaines de flacons J’adore pour reconstituer le nœud emblématique du flacon Miss Dior. Le motif du pied-de-poule, habillant le flacon dans sa version géométrique, passe au filtre coloré de Polly Affelbaum. La sublime égérie Natalie Portman irradie dans une vidéo de Shirin Neshat. Le cannage signé Dior quadrille avec application la Room of One’s Own de Nika Zupang, isoloir / boudoir où s’épanouie la féminité.

On le voit, tous les codes de la marque sont distillés. Mais avec plus ou moins de légèreté… On peut préférer la magie des silhouettes haute-couture du maître, éternelles de fraîcheur. J’adore.

Miss Dior – Exposition au Grand Palais / Jusqu’au 25 novembre – accès libre

Dynamo – Grand Palais

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Le Grand Palais se transforme en labyrinthe de la vision et vous invite à circuler dans un siècle de lumière et de mouvement. Faisceau braqué vers l’Art Optique et Cinétique, Dynamo est une exposition-laboratoire dont votre œil est le héro. Chaque oeuvre est ouverte et alimentée par votre regard, courroie de transmission. D’ailleurs, l’Appli de l’exposition fait constamment appel à vos contributions.

Le parcours expérimental met le doigt sur la perception visuelle et ses phénomènes. Sont mis en évidence : persistance rétinienne, commutation plein/vide, trames et référence à un repère orthonormé, incidence du mouvement… Votre cerveau peut être le jouet d’illusions optiques. Ces jeux oculaires et autres perturbations créatives se réitèrent sur un tracé d’environ 1 km. Prêt pour toutes les stimulations ?

Vous vous soumettez aux flash intenses du Light Corner hypnotique de Carsten Höller. Vous additionnez et superposez les points de vue avec la Structure Permutationnelle de Francisco Sobrino. Vous reconsidérez activement la notion de frontalité et l’anamorphose devant les néons à géométrie variable de François Morellet. Vous vous fondez dans un arc-en-ciel ou un brouillard chromatique à la suite de Carlos Cruz Diez et d’Ann Véronica  Janssens. Vous animez de votre passage la sculpture Pénétrable BBL Bleu de Jesùs Rafael Soto, entre forêt vierge et pluie dense….

Dans ce vaste espace, distorsions, instabilités et interférences dynamisent votre champ des possibles à une vitesse-éclair.

Dynamo – Un siècle de lumière et de mouvement dans l’art 1913-2013 / Grand Palais / Jusqu’au 22 juillet