L’Art fait ventre / Musée de la Poste hors les murs

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Yummy. A l’heure où les contenus des assiettes sont postés sur les réseaux sociaux jusqu’à l’indigestion, l’Art fait ventre, au Musée de la Poste, vous concocte un festin à sa façon. Des points de vue sur la nutrition souvent assaisonnés d’un zeste alarmiste.

La charmante dînette colorée de Martine Camilleri révèle finalement les dessous empoisonnés de l’industrie agro-alimentaire, en utilisant une verve digne de slogans de packaging Monoprix. Les gamelles vides et usagées exposées par Daniel Spoerri dans Le repas des prisonniers laissent deviner un contenu à l’avenant, montrant en creux une anti-gastronomie.

Les salles du premier étage sont nourries de références artistiques liées à une opulence ambiguë. Le squelette en pâtes variées de Bevis Martin et Charlie Youle se présente comme un reste de l’abondance mise en scène par Arcimboldo. Le genre de la nature-morte est recyclée sous une forme vidéo par Stéphane Soulié, mais dans une alternance décomposition / régénération. Winshluss revient sur l’esthétique du Pop Art, son enfant obèse est à l’échelle des hamburgers de Claes Oldenbourg.

Le rapport à la nourriture est passé au crible. Il va de la plus pure orthorexie, prônée par la Pyramide alimentaire aseptisée de Bevis Martin et Charlie Youle, à l’incitation au végétarisme, en considérant l’accumulation repoussante des viandes de Gilles Barbier. La performeuse Pilar Albarracin met en évidence des aspects cachés de l’alimentation : animalité ou asservissement féminin. Le torchon brûle quand la préparation de la tortilla devient une activité dévorante.

Dans ses Interpellations, Olga Kisseleva recompose des portraits d’inconnus comme vous et moi, à partir de denrées subtilisées dans leur chariot. Ces produits courants mis en scène dénotent de comportements alimentaires précis et servent de traces à cette photographe  / profileuse. Souriez, vous êtes ce que vous mangez…

L’Art fait ventre – exposition au Musée de la Poste en résidence artistique au Musée du Montparnasse / Jusqu’au 20 septembre

La tête dans les nuages / Musée de la Poste hors les murs

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Au fond d’une impasse nimbée de verdure, l’exposition La tête dans les nuages se perche dans un haut-lieu de la mémoire du Montparnasse : l’ancienne académie de Marie Vassilieff.

Tour d’horizon scientifique et artistique d’une matière vaporeuse. On pénètre d’abord dans la classification naturaliste effectuée à l’aube du XXème siècle. Les Cirus / en filaments, les Stratus / en strates, les Cumulus / en amas et toutes leurs combinaisons dérivées… Cette grande famille, scrutée aujourd’hui par les satellites, fait l’objet d’un Atlas en perpétuelle mutation. Si les physiciens tentent de saisir la substance du nuage et de prédire la météo, les artistes l’approchent sous l’angle poétique et énigmatique.

Dans le sillage des estampes asiatiques, les photographies de Mi-Hyuin Kim donnent corps à l’évanescence d’où émergent falaises, pitons rocheux et pins parasols… Pierre Malphettes tente de doubler la réalité par une accumulation de plaques de verre en suspension. Tour de force onirique, Berndnaut Smile introduit subrepticement un nimbus au milieu des boiseries et lustres d’un salon désert. Quelque soit la minute du jour, Olivier Masmonteil multiplie les bribes de paysages aux couleurs du temps…

Dans ce lieu préservé, l’atmosphère est au rêve. Le verre dépoli des fenêtres filtre la nature en plein essor. Vision diaphane. Un autre phénomène de sublimation.

La tête dans les nuages – exposition hors les murs au Musée de la Poste en résidence au Musée du Montparnasse / Chemin du Montparnasse – Jusqu’au 18 mai

Au-delà du Street Art – L’Adresse / Musée de La Poste

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Au-delà du Street Art : un titre/constat pour l’exposition hébergée actuellement à L’Adresse du Musée de La Poste. Aujourd’hui, le Street Art s’expose au-delà de son espace urbain naturel. Il est rentré dans les galeries, chez les collectionneurs, voire dans les campagnes de communication. On a tous mémorisé l’affiche officielle bleue et rouge de Barack Obama en 2008, signée du graffeur Shepard Farey.

La scénographie retenue par L’Adresse est plus proche de l’esprit white cube que de l’énergie de la rue. Chaque artiste s’est vu attribuer un territoire bien délimité et ne déborde pas de ce cadre. Si le support initial, comme la palissade, est parfois montré, on peut voir nombre d’œuvres réalisées directement sur des toiles. Donc finalement très institutionnelles. Six commandes ont été réalisés spécialement in-situ. Onirique et pertinent, C215 s’est approprié une boîte aux lettres jaune de La Poste à sa façon féérique. Autre clin d’œil, Mesnager a apposé sa silhouette blanche dégingandée sur la toile de jute d’un sac postal.

Les précurseurs font leur apparition dans l’espace public dès les années 60. Ernest Pignon-Ernest privilégie alors la mémoire des lieux, avec le papier collé et la sérigraphie. Zloty tague ses traces éphémères lors du premier chantier des Halles. Dans l’expo, ils voisinent avec les désormais classiques Blek, Miss Tic et Invader, qui opèrent avec des sprays ou bien des carreaux de céramique. Vhils retranche plus qu’il ne superpose : affiches et murs dévoilent en creux ses portraits d’inconnus. Le parcours intègre des stars internationales comme Banksi, spécialiste des interventions à risque, véritables défis politiques. Voir ses exploits sur le mur israëlo-palestinien.

Un graffeur agit vite. Sa pratique furtive, à la limite de l’incivilité, implique un repérage et une préparation préalable. L’exposition s’attache au making off : pochoirs évidés, aérosol, papiers à coller, burin, ciment et carreaux colorés…  Les rituels sont décrits lors d’interviews filmées avec visage encagoulé anonyme de rigueur. Les derniers développement du mouvement Street emprunte des formes multiples comme les labyrinthes au sol de L’Atlas ou le papillon géant  en papier de Ludo, adepte de la culture jamming (le détournement culturel des marquages de signalisation routière ou panneaux publicitaires).

Bref, une visite guidée à travers un art qui est en train de gagner pignon sur rue et droit de cité. En sortant de là, il s’agit d’ouvrir l’œil pour capter le geste spontané à sa source.

Au-delà du Street Art – L’Adresse  / Musée de La Poste – Jusqu’au 30 mars