Cosmos / Intime, dans les ambivalences de la collection Takahashi

Cosmos-intime-aika-miyagana-le-courrier.JPGCollectionneur influent, psychiatre éminent, Takahashi s’entoure d’œuvres d’artistes contemporains japonais. Actuellement, une quarantaine d’œuvres issus de sa collection exceptionnelle sont présentées à Paris, à la Maison de la Culture du Japon. Difficile d’appréhender cet art foisonnant d’images en faisant abstraction du regard du psychiatre, qui pose un diagnostic tranché. Takahashi affirme que « les Japonais nés après les années 60, bien qu’arrivés à l’âge adulte, sont encore socialement immatures, ont une sensibilité à fleur de peau et sont incapables de dépasser le cadre d’une réflexion autocentrée ».

cosmos-intime-shioyasu-cosmic-perspective

A travers cette visite, on éprouve visuellement et physiquement les forces à l’œuvre dans cette collection. Des espaces semblent se déplier à l’infini tel le panneau mural vertigineux Panique de Mikiko Kumazawa, reflet des informations diffusées en boucle sur la crise, contrebalancées par la puissance du féminin. Le paravent de Makoto Aida sert de support au déploiement d’une patrouille de bombardiers organisés selon le signe de l’infini (le « 8 » allongé). Les visions de Tomoko Kônoike sondent les connexions secrètes de l’univers. Sa peinture panoramique donne à voir une créature fantasmagorique, hybride d’une nichée de louveteaux, d’une libellule et d’une jeune enfant, des flux de poignards et un scarabée comme le symbole d’une métempsychose. L’exposition s’ouvre sur l’une des célèbres citrouilles à pois de Yayoi Kusama, un motif rassurant que notre inconscient collectif s’est approprié à la suite de ses hallucinations et de sa collaboration avec une célèbre maison de luxe.

Cosmos-intime-Yayoi-Kusama

Les photographies captent l’indicible, les mutations de la matière, un verre capable de freiner le passage de la lumière et le temps (voir le triptyque Slow Glass de Naoya Hatakeyama). Une spirale de papier synthétique semble ouvrir une perspective cosmique dans un pan de mur. La scénographie incite à trouver des passages entre tous ces univers parallèles. Elle ouvre une porte dérobée pour relier les deux couloirs de l’exposition. Devant la forme Trou de serrure d’Hiraku Suzuki, on conseille au visiteur une photographie au flash, pour mieux révéler le pouvoir réfléchissant de cette œuvre et accéder à toutes ses dimensions ! Le don de double-vue est sollicité dans ces archipels de signes et de sens. Des visions hyper-sensibles comme des clés pour accéder à l’universel…

Cosmos / Intime – Maison de la Culture du Japon à Paris / Entrée libre jusqu’au 23 janvier

Publicités

Fiber Futures – Maison de la Culture du Japon à Paris

fiber-futures- Japon-akiko-kumazava-daisy-chain

Entre les mains d’une nouvelle génération d’artistes japonais, la fibre se plie à toutes les fantaisies de l’imagination. La Maison de la Culture du Japon met en scène des pièces étonnantes tissées, tressées, sculptées, nouées ou moulées dans des matériaux aussi divers que la soie, le coton, la pulpe de papier, l’écorce de murier ou la laine de mouton feutrée… Tout un art textile dérivé de la vague du mouvement occidental des années 60 dit « la Nouvelle Tapisserie ».

Ce voyage dans la matière nous entraîne dans la technique personnelle de Naoko Serino, qui se dit « fascinée par la fibre de chanvre fragile et solide à la fois, qui l’amène à créer des objets emplis d’air et de lumière », de véritables OVNI réagissant au moindre souffle. À rapprocher des les reliefs de nids d’abeille d’Hitomi Nagai, qui vous propulsent dans des champs inconnus. Aux vibrations produites par le rythme des pliages en tulle de polyester de Kazuo Onoyama, répondent les pulsations rouges écarlates des plissés compacts d’Hiroko Watanabi. Dans cette exposition, les coutures en zig zag deviennent des touches de couleur et un tableau / patchwork s’étoffe de lambeaux, déchirures et surpiqûres.

La plupart des œuvres apportent de purs moments d’émotions comme ce Cadeau venu la mer de Yasuko Iyaga, dans un bouillonné d’organdi de soie, plissé cloqué et pastillé. Ou encore la Prière pour le temps de Tomoko Arakawa, forme nuageuse de macramé d’acier comportant un pendule en suspension. Et aussi la pièce maîtresse d’Akiko Kumana, Daisy Chain figurant à la fois un collier géant de fleurs et un passage vers la féminité et le cycle de la vie. On se sent vite gagné par la fibre poétique !

Fiber Futures – Les explorateurs de la création textile au Japon / Maison de la culture du Japon à Paris – jusqu’au 11 juillet