Peindre l’Impossible

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La vision furtive de cimes affleurant d’une mer de nuages, le rayonnement frontal du soleil aveuglant, l’éclat dichroïque de la neige étincelante, le reflet insaisissable glissant sur l’eau… Sur les cimaises du Musée Marmottan se juxtaposent ces motifs peints tour à tour par Monet, Hodler et Munch. Ouvrant la voie de la modernité picturale fin 19ème – début 20ème, ces trois artistes partagent l’obsession des séries, cherchant inlassablement à traverser les apparences.

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L’exposition montre des organisations picturales innovantes, dans un travail renouvelant sans cesse la touche, qu’elle soit étirée ou sinueuse, fondue ou impressionniste. Les cadrages d’Hodler se resserrent sur les crêtes émergeantes des montagnes, découpant des ciels lisses et fusionnant les couleurs froides. La barque de Monet est déportée par le courant dans un coin de la toile, comme pour laisser place au vrai sujet du tableau : l’ondoiement sur l’étang. La vague représentée par Munch éclate en teintes dégradées superposées et se brise dans une partition linéaire, mettant à jour une écriture abstraite. Certaines visions de Munch se donnent à voir dans un coup d’œil circulaire, modélisant l’espace de la toile autour d’un point de vue focal… Les paysages se succèdent, questionnant sans cesse les perceptions.

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A la fin du parcours, la couleur monte en puissance. Les formes de Monet se dissolvent, noyées dans un foisonnement de teintes pures. L’été à Kragers de Munch, retranscrit l’impact d’une lumière intense sur la rétine, dans une flamboyance chromatique. Le pouvoir suggestif des couleurs opère et fait surgir des paysages inoubliables.

Peindre l’impossibleHodler, Monet et Munch – au Musée Marmottan / Jusqu’au 22 janvier

 

Un Soir à l’Orangerie – ma soirée de blogueuse au Musée

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C’est la saison du renouveau au Musée de l’Orangerie ! À commencer par le Café-Librairie entièrement repensé, traversé de lumière naturelle, orné des suspensions aériennes Vertigo de Constance Guisset. Pour la circonstance, les tables sont parsemées de corbeilles d’oranges et autres bulles.

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Jeudi soir, devant un parterre de blogueurs et de blogueuses, la directrice du Musée Laurence des Cars a déroulé la future programmation culturelle, au rythme de deux expositions annuelles. La prochaine s’intitulera « Qui a peur des femmes photographes ? ». Conçue en deux volets, elle va se déployer sur deux  sites : également au Musée d’Orsay, désormais jumelé. En 2016, une expo rendra hommage à la figure tutélaire d’Apollinaire… La fusion des arts sera favorisée par des concerts nocturnes donnés au milieu des Nymphéas, des artistes « passeurs » seront invités, comme Gérard Garouste ou Claire Tabouret, la Nuit Blanche sera placée sous le signe du quatuor… Sans oublier des ateliers pour tous les âges et la partie numérique avec un nouveau site web. Le parcours de notre visite privée a balisé l’ensemble des collections permanentes, les Nymphéas, l’exceptionnelle collection Walter-Guillaume, pour s’achever par l’exposition du moment, consacrée au sculpteur italien Adolfo Wildt, « le dernier des symbolistes ».

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Laurence des Cars nous a fait les honneurs des salles elliptiques où sont conservées les peintures monumentales des Nymphéas, léguées à la Libération par Monet. L’artiste a lui-même supervisé cet accrochage in-situ vers 1920. On peut parler de première « installation » au sens artistique et contemporain du terme. Les huit panneaux se fondent dans la continuité du cycle du temps, entre Matin et Soleil couchant. Ils forment une boucle ondoyante et frémissante dont le seul ancrage spatio-temporel consiste à respecter l’orientation Est-Ouest, selon les moments de réalisation des peintures. On s’immerge totalement dans cette oeuvre enveloppante qui provoque des impressions indélébiles, surtout dans ce contexte l’on peut embrasser l’espace d’un seul regard ! On se perd dans ce monde aquatique, dans les profondeurs des toiles. Ces visions panoramiques insaisissables, affranchies des règles de la perspective, sont une transposition de la nature patiemment cultivée et modelée par la main du Maître à Giverny. L’abstraction américaine des années 50 – 60 a trouvé une source d’inspiration dans ces paysages gestuels. Les Japonais viennent y contempler l’essence de la nature. Les Nymphéas n’ont pas fini de nous fasciner…

Merci au Musée de l’Orangerie pour cet accueil exceptionnel.

A noter, il est conseillé de prévoir du temps pour faire le tour de la très riche collection Walter-Guillaume exposée à l’étage du bas : des oeuvres majeures de Renoir, Derain, Cézanne, Picasso, Matisse, Modigliani, Laurencin, Soutine… L’espace dédié aux expositions temporaires est aussi très vaste…