(H)UBRIS#1 – David Drouard / MPAA St-Germain

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Prélude à la pièce (H)UBRIS, une bâche au sol brouille les piste dans la pénombre. Danseurs tapis dans les replis de cette toile de camouflage ? Jeux d’ombres dans le clair-obscur d’un sous-bois ? Une présence s’anime, à peine distincte. Ce premier tableau laisse place à la lumière sur un décor épuré : 3 dômes sur un tapis de danse noir. En surimpression sur toile de fond, un ciel filant, des miroitements aquatiques, l’espace interstellaire… Comme sur un terrain glissant, 3 danseurs interprétant des nymphes évoluent dans un jeu magnétique d’attraction–répulsion, trio comportant un électron libre. Forces surnaturelles à l’œuvre.

Si David Drouard inscrit (H)UBRIS – littéralement « démesure » – dans les pas de Ninjinski, il s’écarte clairement de la chorégraphie originelle de L’après-midi d’un Faune. Son ballet pour 3 breakers odéit à sa propre progression. Il combine les points de contact au sol et les cabrioles à une gestuelle glissée ou désarticulée. Il convoque tout un bestiaire fantasmagorique : la figure du minotaure et celle de la méduse. Les tableaux défilent, les corps adoptent progressivement des postures animales, se défont de l’uniforme chemise-pantalon, apparaissent torses nus, puis quasiment « à poil ». Ils achèvent leur métamorphose en faunes. Précédées d’un martèlement au sol, les trois créatures aux jambes velues entrent en scène, juchées sur des sabots-plateformes lourds et sonores. Des silhouettes mi-hommes, mi-bêtes, le bassin projeté vers l’avant, l’œil lubrique, le flair à l’affût. La musique électro laisse percevoir des phrases du Prélude de Debussy et instaure les saccades d’une danse sauvage, aux relents de fêtes païennes.

David Drouard donne une forme saisissante au mythe du Faune, servie par 3 très bons danseurs issus du hip-hop. En d’autres termes, des bêtes de scène…

(H)UBRIS – David Drouard – DADR CIE  / vu le 19 novembre à la MPAA – Autres programmations prévues, notamment à Suresnes Cité Danse

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What you want / Thomas Lebrun

Danse à la demande : c’est le concept des soirées interactives What you want imaginées par le chorégraphe Thomas Lebrun. Après une introduction dansée sur une musique Jazz, pour illustrer le propos de la Jam, un menu est distribué à chacun des spectateurs.

Au recto, les 8 danseurs, désignés par leurs prénoms / au verso les tubes musicaux qui composent la play-list (en mode shuffle). Dans la salle, quelqu’un établit la première connexion : « Véro sur Sweat Dreams d’Eurythmics ». Aussitôt, la musique fuse, entraînante. « Attention, prévient Thomas, on est en Contemporain… ». Immédiatement, Véro se désynchronise de la bande-son pour rentrer dans une lenteur gestuelle personnelle et convaincante.

A tour de rôle, chaque danseur occupe la scène en fonction de la chanson attribuée. Les performances de haut-vol se succèdent. L’improvisation sous adrénaline est un puissant révélateur des individualités et de leurs parcours. On peut déceler par moments des influences classiques, hip-hop, voire résolument butô pour Anne-Sophie sur  Polnareff… Le public en redemande ! Pour le final, l’ensemble du groupe improvise sur Le Boléro, un standard de la danse contemporaine. Les pulsations personnelles et collectives se rejoignent : on assiste à un Boléro unique, décalé et grandiose !

Puis, la programmation musicale pop est rétablie et la scène est ouverte à la salle. Le public suit et le cœur est là. Mais on a tous tendance à se conformer à la gestuelle convenue et répétitive des discothèques. Une expérience immersive de la danse pour se dé-formater…

Soirées What You want  de Thomas Lebrun (Centre chorégraphique National de Tours) à la MPAA – Auditorium St-Germain / programmées les 19 et 20 octobre / Chaque soirée est différente.