Dans les pas de persona au Musée du Quai Branly

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Fétiche anthropomorphe, robot humanoïde, avez-vous donc une âme ? Le Musée du Quai Branly pose la question de la personnalisation des objets qui nous entourent. Elle traverse toutes les époques et les civilisations. Lorsque j’ai visité cette exposition, tout au long de mes déambulations, j’ai croisé plusieurs fois la même petite fille, serrant sur son coeur son doudou, un grand singe en peluche. Un signe de plus à observer…

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Entre projection mentale et phénomène scientifique, on est accueilli par une présence spectrale luminescente, l’Homo Luminoso, pétri dans la fibre optique par Roseline de Thélin. Plongés dans l’obscurité, des artefacts « étrangement humains »nous entraînent à la lisière du bizarre, tel ce cirque de puces miniatures, ces gravures d’Odilon Redon représentant les démons tentateurs de Saint-Antoine, cette Faune de Mars illustrée par Moebius,  ces amulettes thaï en forme de bébé d’or… L’organisation du parcours fait explicitement référence à la théorie de la Vallée de l’étrange du roboticien Masahiro Mori, qui corrèle le degré de ressemblance avec l’homme au sentiment de familiarité. Au-delà d’un certain seuil de ressemblance, on passe de l’empathie au rejet total d’une créature façonnée à son image.

C’est donc avec ses tripes que l’on arpente les boyaux de l’exposition Persona en projetant nos fantasmes dans des formes qui nous ressemblent : esprit prédateur du Groenland, buste anatomique écorché en cire, masque du théâtre lamaïque, sirène de Fidji, poupée de compagnie japonaise…   Le 19ème siècle témoigne d’un grand déploiement de moyens pour sonder les esprits et chasser les fantômes, le 20ème met au point dès les années 60 le programme informatique d’intelligence artificielle, Eliza, destiné à leurrer. La dernière salle nous incite à considérer d’un autre œil les objets connectés qui nous guettent, au sein même de nos foyers. Troublant !

Persona, étrangement humain / Exposition au Musée du Quai Branly – Jusqu’au 13 Novembre

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Tiki Pop / Musée du quai Branly

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Comment Tiki, dieu primitif polynésien, est-il devenu une icône idolâtrée par le rêve américain ? Fasciné par la culture Tiki Pop, Steven Kirsten, à la fois collectionneur et commissaire d’exposition, nous ouvre les portes de son paradis au Musée du quai Branly. La vague d’engouement a déferlé sur les Etats-Unis dans les années 50 et 60. En archéologue urbain, Steven Kirsten, a accumulé les reliques d’une époque révolue pour analyser son émergence, ses points culminants, ses formes multiples.

Le paradis des vahinés

Les premiers passeurs du mythe du Lost Paradise sont des explorateurs, des écrivains comme Jack London et Pierre Loti ou le peintre Paul Gauguin qui propage une vision idyllique de Tahiti. Puis, l’industrie cinématographique s’empare de cet imaginaire, notamment avec le film Mutiny of the Bounty. À Hollywood, un cap décisif est franchi lorsque les palmiers du film The Sheik sont transplantés au night-club Cocoanut Grove. Des bars Hurricane poussent alors en Californie et jusqu’en Floride, comme autant de produits dérivés du film. Des aventuriers tel Don the Beachcomber se reconvertissent dans cet eldorado en ouvrant les lieux exotiques du moment. Le concept du Tiki bar est né dans ces décors de paillotte, filets marins, bois flottés, coquillages…

Le dieu Tiki inspire la Pop Culture

Après la guerre, les vétérans déployés dans les îles océaniennes préfèrent substituer aux souvenirs de l’enfer le fantasme des Mers du Sud et des Hula girls. Ils continuent d’alimenter le mythe. L’expédition du Kon-Tiki fascine et s’ancre à son tour dans la légende. En 1950 le Tiki, tel un totem, s’érige en summum de décontraction face à un style de vie orienté vers le travail et le matérialisme. Il fait contrepoint à un design rationnel et s’impose graphiquement comme logo sur les menus des restaurants ou les boîte d’allumettes. On crée des mugs, des verres à cocktails à son effigie et on bâtit même des complexes hôteliers ou résidentiels à son image !

Quand le mythe prend l’eau

Lorsqu’Hawaï est rattaché aux États-Unis en 1959, c’est la destination à adopter, le modèle de vacances réussies aux yeux de l’américain moyen. Même Marlon Brando transforme le rêve latent en réalité. Il épouse une actrice polynésienne, sa partenaire dans Mutiny of the Bounty, et part vivre sur un atoll. Mais son bonheur fera tragiquement naufrage… Le désenchantement va faire surface à l’échelle de l’Amérique. Tout ce style de vie mainstream un peu naïf sera refoulé par la génération Flower Power et ses propres idéaux.

On parcourt avec un brin de nostalgie cette parcelle oubliée du continent américain. La chemise hawaïenne avait de beaux jours devant elle…

Exposition Tiki Pop – L’Amérique rêve son paradis polynésien / Musée du Quai Branly – Jusqu’au 28 septembre