Peindre l’Impossible

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La vision furtive de cimes affleurant d’une mer de nuages, le rayonnement frontal du soleil aveuglant, l’éclat dichroïque de la neige étincelante, le reflet insaisissable glissant sur l’eau… Sur les cimaises du Musée Marmottan se juxtaposent ces motifs peints tour à tour par Monet, Hodler et Munch. Ouvrant la voie de la modernité picturale fin 19ème – début 20ème, ces trois artistes partagent l’obsession des séries, cherchant inlassablement à traverser les apparences.

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L’exposition montre des organisations picturales innovantes, dans un travail renouvelant sans cesse la touche, qu’elle soit étirée ou sinueuse, fondue ou impressionniste. Les cadrages d’Hodler se resserrent sur les crêtes émergeantes des montagnes, découpant des ciels lisses et fusionnant les couleurs froides. La barque de Monet est déportée par le courant dans un coin de la toile, comme pour laisser place au vrai sujet du tableau : l’ondoiement sur l’étang. La vague représentée par Munch éclate en teintes dégradées superposées et se brise dans une partition linéaire, mettant à jour une écriture abstraite. Certaines visions de Munch se donnent à voir dans un coup d’œil circulaire, modélisant l’espace de la toile autour d’un point de vue focal… Les paysages se succèdent, questionnant sans cesse les perceptions.

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A la fin du parcours, la couleur monte en puissance. Les formes de Monet se dissolvent, noyées dans un foisonnement de teintes pures. L’été à Kragers de Munch, retranscrit l’impact d’une lumière intense sur la rétine, dans une flamboyance chromatique. Le pouvoir suggestif des couleurs opère et fait surgir des paysages inoubliables.

Peindre l’impossibleHodler, Monet et Munch – au Musée Marmottan / Jusqu’au 22 janvier

 

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La Toilette – Naissance de l’intime / Musée Marmottan Monet

La Toilette, naissance de l'intime

Le corps gracieux idéal d’une Vénus au miroir de l’Ecole de Fontainebleau. La séquence hygiéniste et réaliste d’une Femme se lavant, s’essuyant de Muybridge. L’éventail des représentations de la toilette s’ouvre largement dès la première salle de cette exposition, première sur le sujet. Prêt à plonger dans le bain ?

C’est toute une galerie de portraits, essentiellement féminins, qui défilent et nous entraînent au sein des pratiques se succédant depuis le Moyen Age. Vers 1500, une tapisserie soyeuse témoigne d’un bain aristocratique pris dans le plus simple appareil, au milieu de servantes et musiciens. Cette toilette s’offre en spectacle dans une nature enchanteresse, au milieu de semis de mille fleurs…

Début XVIème, avant que l’eau ne soit suspectée de propager des maladies, (dont la redoutable peste) les scènes de ce genre se multiplient en intérieur. On peut voir le Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et la Duchesse de Vilars, dont les peaux laiteuses contrastent avec celle de la nourrice au deuxième plan. La baignoire est entourée de courtines d’étoffes théâtralisant les deux femmes revêtues d’étoffes légères. L’espace est découpé selon les attributions et les rôles de chacune des personnes de ce gynécée, qui inclut une servante porteuse du broc d’eau chaude. Le rapprochement entre le bain et la fertilité est sous-jacent.

Aux XVIIème, la toilette sèche se généralise. Les ablutions son proscrites. Le regard des peintres s’introduit alors dans l’espace de la chambre où le nécessaire est réuni sur une table : peignes, parures, onguents, boîtes et houpette à poudre, parfums et le linge blanc recommandé pour le nettoyage du visage. Le miroir trône sur ce meuble dit « toilette », permettant de s’apprêter. Ce cérémonial se substitut au bain. Le thème de la coquetterie éclipse finalement celui la Jeune femme à sa toilette sur la toile peinte par Nicolas Régnier. La composition, qui laisse percevoir le vase d’aisance, fait songer aux vanités. L’innocence est consommée. Dans une série de médaillons ovales commandés au XVIIIème par Randon de Boisset, François Boucher se fait voyeur, il superpose deux versions d’un même personnage pudique/ impudique. Il pousse la thématique dans les retranchements de l’intime, jusqu’à un érotisme provocant.

Fin XVIIIème, les ablutions reprennent, même si la présence de salle de bain reste un luxe… Au XIXème siècle le motif de la femme à sa toilette est présenté sous un angle intimiste. Dans l’exposition, une posture apparaît comme récurrente, le coiffage de la chevelure. En dévoilant le dessous de l’aisselle et la nuque, c’est appel visuel, sinon olfactif, à la sensualité. Cette gestuelle est reprise par Manet, Valadon ou Slevinsky… Dans la version de ce dernier, l’œil rivé sur le miroir donne conscience de la séduction mise en jeu par le modèle à la chevelure rousse. De son coté, Degas montre sa fascination pour les femmes issues des maisons closes, souvent charnelles, qui s’abandonnent en se lavant aux tubs. A l’inverse Bonnard cultive l’intimité en représentant exclusivement sa compagne Marthe dans la quiétude de la salle de bain, un monde à part. Ses jeux de lumières dans une atmosphère humide excluent toute ombre d’érotisme. Plus tard, le sujet de la femme à sa toilette et ses enjeux semblent se diluer sous l’influence purement plastique des cubistes. Pour rejaillir chez les artistes contemporains…

La Toilette – Naissance de l’intime / Musée Marmottan Monet – Jusqu’au 5 Juillet