La Matrice et ses associations – Isabelle Roy / Musée Singer-Polignac

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Dans l’antichambre des limites. La Matrice d’Isabelle Roy sonde les fantasmes, les rêves et l’intime. Elle englobe tout un processus de gestation qui débouche vers 4 espaces emboîtés, 4 sections d’un projet mouvant intitulé La Chambre. Le moment venu, l’artiste les expose en différents lieux, comme récemment La Chambre des Fantasmes à La Maison Rouge… En installant cette Chambre au sein du Musée Singer-Polignac, Isabelle Roy cultive la proximité de son art avec celui des patients de l’établissement Sainte-Anne, qui peuvent participer régulièrement à ses ateliers.

Pour s’immiscer dans La Matrice, commencer par franchir l’enceinte du Centre Hospitalier Sainte-Anne, demander le chemin vers le Musée Singer-Polignac et descendre une volée de marches enchâssées dans un couloir blanc, vers une porte cachée. Premières impressions : une salle voutée, plongée dans la pénombre et la torpeur, un cocon de textile laineux qui invite à se blottir contre ses parois, la perception d’une respiration profonde, et la découverte d’un orifice aménagé à hauteur des yeux pour se glisser dans cet espace mental… A l’intérieur, la vision d’une femme allongée, reposant sous un monceau de fleurs luminescentes et de son avatar au regard hypnotique, chantonnant une berceuse italienne. La prégnance du médium textile fait songer à Louise Bourgeois.

L’oeil balaye les replis de ce cocon blanc comme une page vierge, favorisant toutes les associations possibles. Il est peuplé de formes de verre alambiquées, de poupées fracassées, de masques grimaçants et laisse entrevoir un monde à la lisière du rêve, de la conscience, ou de la mort. Il pourrait être un espace limbique habité par un poisson naturalisé surgit des profondeur d’une cuvette de toilette, de draps brodés d’organes vitaux, de linge froissé, au coté d’un coq blanc perché sur une coiffeuse, de miroirs de toutes sortes, de liquides lactescents… Toute cette fantasmagorie d’objets, d’images et de sons, vous happe. L’expérience dure le temps d’un cycle de 3 minutes, qui anime et dévoile progressivement l’intérieur de la Matrice. Elle peut sembler une éternité…

Dans cette nouvelle exposition, le Musée Singer-Polignac reste fidèle à sa ligne muséographique. Pour décloisonner les genres et ouvrir le regard, il expose dans la salle attenante des œuvres de patients / artistes conservées au sein de la Collection Sainte-Anne. Des images à relier à La Matrice, là où se trament d’innombrables mystères.

La Matrice et ses Associations – installation d’Isabelle Roy et exposition d’oeuvres de la Collection Sainte Anne / Musée Singer-Polignac – Jusqu’au 22 Mars (prolongation)

En savoir plus sur le projet La Chambre

Les Bêtes / Musée Singer-Polignac

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Entrée discrète. Pour accéder au Musée Singer-Polignac, on pénètre dans l’enceinte du Centre hospitalier Sainte-Anne puis on emprunte un escalier dérobé qui mène à deux caves voutées en pierres apparentes. C’est là que s’expose au grand jour le travail artistique sous-terrain de patients ayant séjourné au sein de l’hôpital.

L’institution conserve ces œuvres au statut ambivalent, à la fois matériel et objet d’études psychiatriques, art-thérapie et chemin de guérison… Constitué en association, le Centre d’Étude de l’Expression organise des expositions en puisant dans cette dense Collection Sainte-Anne. Dans la lignée de Dubuffet, qui a œuvré pour débusquer l’Art Brut habituellement soustrait aux regards. Le Musée Singer-Polignac franchit un pallier supplémentaire, car il amène des artistes d’hors-les-murs à exposer in situ.

Ne pas chercher la petite bête. Selon la commissaire Anne-Marie Dubois, l’exposition Les Bêtes ne se veut ni bestiaire, ni étude symbolique des représentations animales. Elle doit plutôt s’appréhender librement comme un champs où se chevauchent bêtes noires, belles et bêtes, bêtes humaines et autres dialogues de bêtes… Elle est organisée en 4 sections en rapport avec nos espaces psychiques : bêtes familières / imaginaires / fantastiques / monstrueuses.

Ici, il est pratiquement impossible de dissocier le travail des patients et des artistes invités sans consulter les mentions des cartels. Dans cette « ménagerie de verre », la présence d’un chat se fait tour à tour rassurante ou inquiétante, un cloporte colonise l’espace entier d’une page, un minotaure joint deux mains nettement féminines, un kamasutra miniature zoomorphe se dessine crûment, une mouche jaillit d’un enchevêtrement de traits pour fondre sur une carcasse animale, un envol de graffitis rappelle les dessins sous mescaline d’Henri Michaux… De cette faune fascinante surgissent parfois des créatures sans queue ni tête, qui attendent d’être apprivoisés.

Les Bêtes / Musée Singer-Polignac – Jusqu’au 30 novembre

Voir le site du Centre d’Étude de l’Expression