La chair de l’iris et l’oeuvre de Patrick Neu à vif au Palais de Tokyo

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Une nuée de fleurs d’iris est épinglée au mur, à la manière de papillons aux ailes déployées. Un regard d’entomologiste s’est posé sur ces pétales moirés, entre violet et noir d’encre. Les têtes sont équeutées et flottent sans ombre portée, plaquées de manière aléatoire sur les feuilles blanches. Chaque aquarelle détaille un état de la fleur, y compris ses micro-flétrissures. C’est ainsi que depuis plusieurs années, Patrick Neu rend hommage au renouveau printanier. En apposant une touche funeste corollaire sur l’iris / vanité .

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Patrick Neu, artiste contemporain d’un naturel discret, emprunte des chemins de traverse pour baliser un microcosme dont les contours vont nous apparaître progressivement. Il met en jeu une patience étonnante lorsqu’il agence des milliers d’ailes d’abeilles en une fragile camisole de force. Un vrai travail de fourmi pour élaborer une métaphore de la folie détruisant les précieux insectes. Minutieusement, il joue les ouvriers célestes quand il façonne deux ailes de cire, produit de de la ruche bourdonnante, comme une réminiscence du mythe d’Icare. Sous ses mains, même la matière la plus éthérée va prendre vie. Le noir de fumée déposé sur des parois de verres de cristal donne à voir des pans entiers de l’histoire de la peinture, des tableaux intégralement reproduits au trait dans le corps concave. Comme des mirages stimulant le regard ou des miracles mis sous cloche !

patrick-neu-palais-de-tokyo-couronne-epines  Patrick Neu

Ce travail fascinant fait dialoguer des matières singulières, engage des techniques inédites pour renouveler les archétypes. Telle l’armure de samouraï translucide, lacée de ruban de papier, la couronne d’épine en cristal irradiant un éclat christique, les vestiges d’une tour de verre brisée au sol en mille morceaux… Patiemment, Patrick Neu enregistre la mémoire du monde et réconcilie les œuvres de la nature et celle de l’homme. Du grand art !

Exposition de Patrick Neu / Palais de Tokyo – Jusqu’au 13 septembre

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Inside / Palais de Tokyo

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Dès le hall d’entrée du Palais de Tokyo, votre regard est happé par des formes humaines rampant dans un réseau de boyaux plastique en suspension. Tape Paris, de Numen / For use, est partie intégrante du fil introspectif d’Inside, un parcours qui semble repousser les limites de la claustrophobie. L’exposition / expérience va vous engloutir jusque dans les entrailles du bâtiment.

Que cachent les profondeurs de la forêt taillée dans le carton par Eva Jospin ? Faut-il traverser le miroir illusionniste de Marcius Galon ? La plupart des œuvres présentées ici vous engagent physiquement ou psychologiquement, ouvrant sans cesse de nouvelles portes et brouillant les pistes. Le chalet Refuge de Stéphane Thidet prend des allures diluviennes et inhospitalières, une maison se consume de l’intérieur sous l’œil distrait de ses propriétaires (voir la vidéo Burn de Reynold Reynolds et Patrick Jolley).  Attention à ne pas tomber dans l’escalier saturé de graffitis et rébus par Dran, qui vous détournent d’un cheminement rationnel.

Marc Couturier, habité par la Genèse, couvre les murs de ses Dessins du Troisième jour. Les vibrations du graphite laissent entrevoir la séparation des eaux et de la terre. Autre référence biblique, Abraham Poincheval s’introduit Dans la peau de l’ours et séjourne une semaine dans cet antre, tel Jonas dans la baleine. Mike Nelson vous fait rentrer par 4 chemins dans un sarcophage en béton armé, dont le centre névralgique reste inaccessible. Les cabanes en marbre monolithiques de Ryan Gander demeurent murées. Les adolescentes gothiques de Sookoon Ang vous exhortent à les exorciser, tandis qu’Araya Rasdjarmrearnsook s’entretient longuement avec ceux qui séjournent, sans vie, en chambre mortuaire.

Vous contemplez des arbres étranges en 3 dimensions germés sur le terreau de tests psychologiques. Que cache cette forêt de symboles ? Trop-plein d’émotions ou de sensations fortes… Les commissaires d’exposition, Jean de Loisy, Daria de Beauvais, Katell Jaffrès, ont introduit vers la fin du parcours un sas de décompression salutaire, pensé par Bruce Nauman. Pour trouver sereinement le chemin vers la sortie.

Plus d’info – voir les œuvres

INSIDE / exposition au Palais de Tokyo – Jusqu’au 11 janvier

N° 5 Culture Chanel – Palais de Tokyo

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Au Palais de Tokyo, Chanel joue un numéro de charme en permettant au plus grand nombre d’accéder aux secrets du N°5. La mise en scène d’un parfum iconique et de son sillage d’influence permet de s’infiltrer dans la culture d’une marque. Tout en transparence.

Les grandes Maisons ont l’art de recevoir. Le ton est donné dès l’extérieur, quand vous traversez un jardin parfumé commandé spécialement pour l’occasion. A l’entrée, un livret et un ipod sont remis à chacun. Une voix limpide vous accompagne parmi les vitrines de plexiglass créées sur-mesure pour contenir un siècle d’archives. Sous vos yeux défilent des jalons et des interférences marquantes : une reconstitution du vitrail de l’orphelinat d’Aubazine qui accueillit Gabrielle enfant et l’inspira graphiquement pour le célèbre monogramme, un calligramme d’Appolinaire calqué sur les chapeaux aux larges bords de la rue Cambon, le flacon du Cinq vu par Wharol…

Des lignes claires se tendent entre Mademoiselle et les avant-gardes du XXème siècle. Gabrielle Chanel s’est pleinement impliquée dans l’art. On apprend qu’elle fut le mécène discret du Sacre du Printemps des Ballets Russes. A l’image des C entrelacés du logo, la figure de Coco apparaît indissociable des cercles artistiques de son époque, animés par la volonté de réinventer les formes. La Maison Chanel œuvre à la conservation de ce patrimoine et enrichit en permanence l’aura de sa collection. On peut écouter l’enregistrement mythique de Marylin Monroë, une acquisition récente.

L’exposition, imaginée par Jean-Louis Froment, illustre brillamment toutes les facettes de cette relation intime de Chanel avec les arts. Fidèle à l’esprit de modernité, sa conception fait largement appel au digital et aux artistes contemporains. Un des grands moments  : la médiathèque lumineuse où l’on pourrait rester des heures à humer des composants du jus et à feuilleter des ouvrages consacrés au parfum.

Intemporel, l’esprit du N°5 requiert le luxe du temps…

Le site de l’évènement

Exposition N°5 CULTURE CHANEL / Palais de Tokyo / Jusqu’au 5 Juin