Religieuse à la fraise / Kaori Ito – Olivier Martin-Salvan

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La performance ne se tient pas dans un salon de thé mais sur les Berges de Seine, au Musée de Cluny et divers lieux sélectionnés par Paris Quartier d’Été. La Première a eu lieu au Festival d’Avignon, au Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. De l’image du gâteau traditionnel, on retient la proportionnalité des deux choux superposés : environ 1 à 3. Ici, la danseuse Kaori Ito pèse 40 kg et le comédien Olivier Martin-Salvan 120 kg.

C’est bien connu, les contraires s’attirent. Ils entrent en scène, intimement liés. Il la porte sur son dos, ils portent le même pantalon et elle met littéralement ses pas dans les siens. Tout les sépare, et pas seulement leurs gabarits. Elle est sculptée par des années de pratique de danse, lui est bedonnant. Sa peau de japonaise est infiniment lisse, lui est doté d’une toison qui recouvre tout son torse et son dos. Il pourrait être une créature rabelaisienne ou un ours pataud… Elle, un elfe hypertonique ou une acrobate zen…

Le pari est improbable. Mais les performeurs réussissent à contourner les particularités des corps pour instaurer une familiarité qui va au-delà de l’intimité. Il est son prolongement. Elle est sa siamoise. La pièce est émaillée d’images fortes. Elle se love sur son corps massif allongé et lui triture le visage sans qu’il bronche. Elle lui prête ses longs cheveux pour qu’il y dissimule son visage. Elle le déshabille sans une once d’érotisme. Elle pose ses pieds sur les siens pour effectuer un pas de deux fusionnel. Cette phase d’osmose est suivie d’états dissociés, où les rapports se redessinent. À un moment on croit assister à la lutte d’un sumo avec une poupée ninja…

On reste suspendu à ce duo en communion. Religieusement.

Voir la vidéo sur le site de Kaori Ito

Religieuse à la fraise – Kaori Ito & Olivier Martin-Salvan / Paris Quartier d’Été – jusqu’au 9 aout  – Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Transports Exceptionnels aux Arènes de Lutèce / Dominique Boivin

Dans l’enceinte des Arènes de Lutèce, des cônes de chantier orange fluo délimitent le périmètre d’un duo pour un danseur et une pelleteuse.

Hors de toute figure imposée, deux énergies se rencontrent sur des airs d’opéra. Un ballet lyrique s’écrit devant nos yeux. L’engin effectue peu de déplacements latéraux mais pivote sur son axe de rotation en décrivant de multiples circonvolutions. Le duo explore tous les possibles. Rapport de force lorsque le danseur esquive les assauts de la machine façon matador ou en roulant au sol.  Geste à l’unisson : une arabesque de l’homme fait saillir ses articulations tandis que se plie le bras mécanique. Harmonie : l’ample mouvement d’ellipse de l’engin trouve son prolongement dans l’arche du thorax humain. Envol… On pense à un porté classique. Fusion des corps lorsque le danseur s’immisce dans le godet, marche en équilibre sur les chenilles en action, ou trouve des points d’appuis acrobatiques sur le métal.

Ce “pas de deux” est marqué par le rééquilibrage constant des forces en présence. Face au poids lourd, l’interprète masculin laisse percevoir toutes ses fragilités tandis que la pelleteuse semble s’animer de mouvements fluides et légers. Les transferts d’énergies brouillent les genres et le lien créé est presque amoureux. Chez le spectateur, cette danse de chair et d’acier suscite des transports émotionnels !

Transports Exceptionnels / Dominique Boivin / Plusieurs perfomances dans le cadre du Festival Paris Quartier d’Eté