Concours Danse élargie 2014 / Théâtre de la Ville

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À la recherche de la nouvelle Danse. Danse Élargie est un concours organisé par le Musée de la Danse de Rennes et le Théâtre de la Ville de Paris, en partenariat avec la Fondation d’entreprise Hermès. Il s’adresse aussi bien aux jeunes chorégraphes issus de cycles spécialisés comme P.A.R.T.S ou TRANSFORME, qu’aux gestes de cinéastes, musiciens, designers ou architectes… La danse est vue sous un prisme large, donc. L’ouverture est au programme. Mais, succès oblige, avec une certaine sélectivité. Sur 319 dossiers présentés, 20 ont eu accès 10 mn au plateau du Théâtre de la Ville samedi dernier pour convaincre le jury. Parmi les 10 finalistes retenus dimanche, 3 lauréats se sont vus décerner des prix en fin de journée. Le premier prix ouvrant de belles possibilités, notamment celle de se produire sur une scène du Théâtre de la Ville la saison prochaine…

Une troisième édition dense, à multiples facettes. Le temps d’un week-end, les spectateurs ont pu observer les tendances en provenance de nombreux pays :

– La danse comme sport de combat et posture politique illustrée par Debout de Djino Sabin Alolo et Christina Towle. La danse comme message de soutien à une communauté minoritaire et cachée dans J’ai bâti une maison sur trois octaves de Gabriel Desplanque, voire comme arme de dissuasion dans What you need to know de David Freeman.

– La danse 2.0 et ses potentialités virales. Une success-story / manga très habile, BOKKO the ultimate fusion de Karel Van Laere et Vanja Rukavina, montre la diffusion et le clonage de la gestuelle du Bokko Dance Show, nous questionnant sur des succès planétaires comme le Gamgan Style. Judith Cahen, Masayu Eguchi, Clarisse Tranchard et Béatrice Houplain partagent cette intention de montrer l’amplification et de phénomènes chorégraphiques via l’écran dans À nos corps défendant.

– La danse des objets. Performance purement plastique et motorisée dans Voir les choses bouger de Benoît Verjat. Rôle-clé donné aux éléments de décors dans The Field de Julian Weber, ou à la batterie chaotique et déglinguée de Katharina Ernst dans a:z_approximates symetries.

– La danse en auto-analyse, avec la proposition Previously on Majestiny de James Mcginn, mini série TV qui télescope toutes les gestuelles (Celtic, Ballet, Graham, Horton, Voguing, Krumping…) comme pour chercher de nouvelles pistes de création contemporaines et en finir avec ces formes dites authentiques. Ou bien Tu danses ? de Ouchpo une démonstration minimaliste basée sur une règle de jeu simple, qui tente d’ouvrir le plateau au public, et se termine sur un constat d’échec.

Et les gagnants sont…

Premier prix > Aerobics ! de Paula Rosolen (Allemagne)

D’une gestuelle vintage mécanique et body-buildée surgissent peu à peu des variations dansées impulsées par le personnage imparfait du groupe. Pas de musique mais le bruit des semelles qui crissent sur le tapis de danse, le claquement rythmé des mains, le souffle et les exhortations à l’effort. Un glissement progressif vers plus de musicalité.

Deuxième prix > What you need to know de David Freeman (Etats-Unis / Belgique)

Une performance façon conférence TED*. Dans le contexte de récentes fusillades meurtrières mises sous les feux de l’actualités, le propos est de convaincre de la nécessité d’apprendre le tir par légitime défense. Des spectateurs sont invités à prendre les armes avec comme cible mouvante 3 danseurs. Une démonstration par l’absurde qui fait mouche.

Troisième prix et prix du public > Tyj d’Alina Bilokon et Léa Rault (Ukraine /France)

Une forme inclassable née d’un trio qui entrecroise les registres musicaux, narratifs et gestuels :  un guitariste, une chanteuse lyrique et une créature faunesque dansante. Ils content une chanson de geste poétique où il est question d’ascension, de cimes inaccessibles, d’une quête…

Plus d’informations et d’images sur le site

Concours Danse Elargie – Samedi 14 et Dimanche 15 juin 2014 / Théâtre de la Ville

Tabac rouge – James Thiérrée

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Dès le placement en salle, le courant passe. Le spectateur contemple un enchevêtrement de fils et de bouffées de fumée, prémisse d’un décor grandiose, déglingué, allumé… Ce Tabac rouge va se consumer dans l’incandescence et s’aspirer à pleins poumons.

Dans la distribution parisienne, l’acteur Denis Lavant incarne le maître de ces lieux underground. A la limite de l’impotence mais tout-puissant, il gouverne au doigt et à l’œil ce royaume ténébreux où toute parole est proscrite. Il peut plier les murs à sa volonté, régir une armée de danseuses, bannir un sujet du plateau, imposer à distance des décharges électriques…

La gestuelle adopte la mécanique de précision propre à James Thiérée, avec des clins d’oeil à Charlie Chaplin. Ici tout est expressif, saccadé, mouvant, glissant. Les machines sont reines, elles sont montées sur roulette et commandent des réactions en chaîne avec les humains, perçus par moment comme des automates. Le décor joue un rôle majeur. L’espace est dominé par une cloison pivotante, inclinable et réversible, créant des jeux de miroirs oppressants.

L’électricité coure sur les fils rouges de la pièce. La bande sonore intègre des grésillements électrostatiques. Une manivelle actionnée par le lieutenant du roi fait varier l’intensité lumineuse de la scène …et de la salle. Des abat-jours deviennent couvre-chefs scintillants. Une danseuse s’attire les foudres du royaume. Touchée, elle est stoppée net dans son élan et exige réparation auprès d’une machine à coudre. Plus tard, une série d’électrochocs ressuscite le roi inerte.

Dans cet univers clos, un sujet déclenche un mouvement de révolte pour démanteler l’ordre établi. Soulèvement et prise de parole dansée. Procès en règle de la rebelle. Puis survient un revirement par le miracle du verbe : le roi parle ! Le joug est levé. Les murs tombent, s’élèvent et se métamorphosent en un mobile miroitant.

Un enchantement sous haute-tension.

Tabac rouge / James Thiérrée – Au Théâtre de la Ville jusqu’au 8 juillet – puis reprise pendant la saison 2013-2014

Brillant Corners / Emanuel Gat

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Pour la première fois, le Théâtre de la Ville présente la compagnie d’Emanuel Gat.

Au commencement, l’ensemble des danseurs s’anime comme un organisme vivant. Un corps enchaîne à la suite d’un autre. Les impulsions interfèrent et l’espace est conducteur. Imprévisible, un pré-mouvement nait d’un point puis se ramifie à travers le groupe. L’ensemble se reconfigure constamment en ryzhome.

Le mouvement perpétuel s’étire et montre des propriétés d’élasticité. Les gestes se tendent et se relâchent, enveloppent et se développent. Sans jamais s’appesantir. Les marches/courses s’introduisent à l’impromptu dans un fil continu. L’écriture doit aux techniques des 9 danseurs présents. Emanuel Gat indique qu’il a laissé les interprètes interagir au sein des studios de répétition pour faire émerger les forces qui génèrent le mouvement. L’énergie de la pièce intègre et révèle les phénomènes d’ajustement d’un groupe.

Sur scène, les points de contact entre danseurs sont essentiellement visuels. L’empathie circule par les yeux. Un solo ou un duo se prolonge dans le regard attentif des autres, immobiles. Parfois une main se place en imposition sur la tête du partenaire, une hanche ou une articulation. Des liaisons subtiles à l’image de toute la chorégraphie. Emanuel Gat diffracte son art tissé de réseaux d’influences dans la lumière et la musique, qu’il a créées. Le titre est un clin d’œil à l’esprit de Thelonious Monk….

Par cette danse pure s’expérimente une infinité de structures inintelligibles. Brillant !

Brilliant Corners – Emanuel Gat / Théâtre de la Ville / Jusqu’au 6 avril

Danse élargie 2012 / Théâtre de la Ville

Retour sur les trois performances primées lors du concours international en live, au Théâtre de la Ville les 16  et 17 juin. Une fenêtre de 10 minute est allouée à chaque concurrent pour communiquer sa vision de la danse dans son acceptation la plus ouverte.

1 er Prix : PAULINE SIMON / EXPLOIT – France

Pauline Simon s’empare de la bande-son d’un événement sportif (record  en natation)  pour y incruster sa gestuelle régie par d’autres lois. Au départ, en silence, deux danseuses entament des mouvements lents soumis à la gravité et l’équilibre. La voix du présentateur en direct fait irruption dans l’espace puis s’accélère et se passionne, adoptant le débit de circonstance. Dans un simulacre de nage au sol, les deux danseuses tentent de se conformer à la narration tandis qu’une chenille de danseurs en reptation vient à leur rencontre… La situation se retourne lorsqu’une des interprètes récupère le micro assorti du discours du présentateur. De manière imprévue, elle reprend à son compte une formule qu’elle scande, déforme et transcode en psalmodie rap. La danse reprend alors le dessus et continue jusqu’à épuisement…

2ème prix : CHIEN-YING WU / DANCING IN BADMINTON – Taiwan

Action. Échauffement en règle pendant qu’est reconstitué sur scène un terrain de badminton défini par douze bandes collantes blanches. Sur un écran géant,  la même question est posée successivement aux quatre joueurs : Selon vous, le badminton a-t-il une relation avec la danse ? Les avis sont partagés. Donc au spectateur de voir ! Premier échanges avec des consignes de jeu : pas de smash, kill interdit… Une qualité de jeu toute en longueur s’instaure. Puis en fonction des injections suivantes, d’autres types de gestuelles impliquant frappes, sauts, déplacements tendus, et  mouvements  précis de raquettes se succèdent, jusqu’à la poignée de mains rituelle.  À son insu, l’oeil est conduit à percevoir des gestes dansés et identifier des codes. Le tour de force du chorégraphe est là. Il déplace les enjeux d’un match pour nous réorienter sur son propre terrain.

3ème prix : OLGA DUKHOVNA / KOROWOD – Ukraine

Quatre poupées revêtues d’amples robes blanches s’animent et partent en marche rangée. Ces danseuses donnent l’illusion d’être montées sur des roulettes. En réalité, elles utilisent la Beriozka, une marche glissée et aérienne transmise par la tradition du ballet russe. Sous les traits d’une femme en tenue de ville, un élément perturbateur va chahuter ce bel ordonnancement de la scène. Rencontre, télescopage, rupture des lignes et des figures. Le chaos s’installe mais progressivement les pas s’ajustent, les rythmes s’accordent, les rapports se clarifient.  Tout  rentre dans l’ordre. Une belle démonstration de la mécanique des marches, sujet de prédilection de la chorégraphe.