« Le Horla » de Maupassant se déchaîne au Théâtre Michel

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Au Théâtre Michel, le comédien Florent Aumaître donne corps au texte de Maupassant. Seul en scène, il se démultiplie, occupant tous les replis d’un espace qui semble être le lit d’une présence étrangère, invisible mais envahissante. Cette puissance inquiétante étend progressivement son emprise sur un homme à sa merci.

En égrenant les dates de son agenda, le narrateur revit l’implacable progression du phénomène qui le happe corps et âme. Avec lui, le spectateur est renvoyé à différentes hypothèses : psychose hallucinatoire, possession par un esprit maléfique, manipulation hypnotique, présence fantomatique ? Sur une scène minimaliste, chacun des détails s’additionne pour créer le malaise. L’ampleur du phénomène s’installe à travers le jeu corporel d’un acteur très habité, son regard fou, le travail de l’éclairage qui révèle les profondeurs de la psyché ou les rougeoiements d’un brasier dévastateur… Le hors-scène prend aussi tout son sens car c’est dans le huis-clos de sa maison que la folie qui prend pour nom Le Horla se tapit, guette notre homme et s’en empare.

L’enchaînement de ces épisodes nous plongent dans le monde de Maupassant, dont la propre vie fut le théâtre de crises d’hallucination aigües. Couché sur le papier, Le Horla se réveille pour venir hanter cette scène parisienne. Dans cette performance puissante et juste, la beauté fantastique de l’oeuvre initiale s’accentue encore.

Le Horla de Maupassant au Théâtre Michel / avec Florent Aumaître dans une mise en scène de Slimane Kacioui

Au Théâtre Michel

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La Peur, d’après Stephen Zweig au Théâtre Michel

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Fenêtre sur un foyer heureux. La petite maison vintage posée sous nos yeux a des allures de maison du bonheur. Entre ces quatre murs, un couple amoureux, complice et souriant présente l’image même de la félicité conjugale.

Le décor est planté. Ces quatre cloisons à géométrie variable vont jouer un rôle clé pendant tout le déroulement de la pièce adaptée de la nouvelle La Peur de Stephan Zweig. Les murs ont la parole et suivent les jeux de construction et de déconstruction de la relation du couple. Tour à tour, l’espace se resserre, enferme, accule, dissimule ou vole en éclat. Elodie Menant a su construire une scénographie implacable, à l’image des engrenages psychologiques démontés par l’écrivain. Cette mécanique de précision s’appuie sur un scénario classique. Une femme délaissée trompe son mari accaparé par son travail de juriste. Elle se console dans les bras de son professeur de piano. Mais la fiancée en titre surgit de l’ombre et ne lâche plus sa proie.

C’est ce trio constitué par Irène, le mari trompé et la maître-chanteuse que nous suivons sur une scène haletante, toujours en mouvement. Dans une intrigue manipulatrice traversée par les questions lancinantes de l’aveu et du pardon, on salue le jeu subtil d’Irène tour à tour démasquée, terrifiée, hallucinée, démantibulée. Le suspens monte en puissance et se teinte d’un accent trouble et cruel… Merci pour ce moment intense.

La Peur – d’après Stephen Zweig – Mise en scène, adaptation et scénographie : Elodie Menant – Distribution : Hélène Degy, Aliocha Itovich, Ophélie Marsaud

Au Théâtre Michel jusqu’au 31 décembre