William Forsythe – Trisha Brown / Ballet de l’Opéra

Forthyse-Opéra-de-Paris

Actuellement, la  programmation du Palais Garnier réunit en une soirée 4 pièces à géométrie variable. Le point de convergence : 4 commandes spécifiques de l’Opéra passées à 2 chorégraphes américains, William Forsythe et Trisha Brown. Au programme, 4 ballets créés entre 1987 et 2004 au sein la Maison, pour ses danseurs dépositaires du patrimoine académique. Un axe fort entre passé et présent.

 IN THE MIDDLE, SOMEWHAT ELEVATED – 1987 –  William Forthyse

Cette première pièce fait référence à l’élévation, figure chère à la tradition. Mais Forsythe redéfinit totalement la statique du danseur, s’écartant de la droite ligne du classique. Jamais un interprète ne s’installe dans la verticalité, pas de trace d’une arabesque tenue. Au contraire, le corps se désaxe sans cesse et rebondit de manière pendulaire pour atteindre l’équilibre, une fraction de seconde. Les prouesses et la virtuosité des interprètes sont poussées à leur paroxysme. Spectaculaire amplitude des écarts… La rotation complète au niveau de la hanche devient alors un nouveau pivot du mouvement. Forsythe introduit des distorsions dans les postures classiques référentes pour construire une nouvelle architecture du mouvement.  La position dite en seconde devient dissymétrique, l’épaulement s’amplifie et entraîne une ondulation de la colonne, le pied positionné successivement en ouverture puis en fermeture (bannie du ballet) déclenche une nouvelle dynamique… Lignes brisées, zébrures dans l’espace, déflagrations techniques, le mouvement ne reprend jamais son souffle, il reste constamment suspendu « in the middle».

O ZLOZNY / O COMPOSITE – 2004 – Trisha Brown

Insérée comme une ellipse dans l’œuvre de Forsythe, l’Ode à l’oiseau de Trisha Brown se situe d’emblée dans une énergie plus coulée. La pièce est ciselée tout en légèreté avec des envols, des accents métaphoriques et des formes pures parfois moelleuses… L’oiseau s’incarne à travers le corps de trois danseurs en osmose, comme la manifestation d’une trinité. La danse déploie toute son envergure,  en rythme avec une voix féminine qui égrène des phonèmes slaves. Le texte original polonais est délivré en boucle. Une abstraction lyrique en état de grâce.

WOUNDWORK 1 – 1999 – William Forthyse

Les intentions du chorégraphe se lisent clairement sur scène. « Work – Travail  sur le pas de deux et son extension au pas de quatre. Le terme wound, du verbe anglais to wind désigne le fait d’enrouler, d’enlacer, d’entremêler, de visser, de vriller. De pouvoir faire dans un sens, et de le défaire dans l’autre sens. (….) La chorégraphie est une combinaison de mouvements qui s’entrecroisent et se contrarient. Les deux phrases principales des pas de deux – constituées de cinq thèmes- sont « itérées » et reprises en boucle. »

PAS./PARTS – 1999 – William Forsythe

La quatrième pièce clôt le cycle. Succession de 20 séquences par 15 interprètes, elle comporte de multiples variations sur un même thème. A 12 ans d’intervalle avec In the Middle, le spectateur peut mesurer le chemin parcouru dans les corps. Les danseurs jouent du poids, du contrepoids, des prises de mains, de la spirale… Le contact de la pointe avec le sol est un point clé de la force du repoussé qui circule constamment. Mais toute partie du corps peut servir de point de départ au mouvement. La hiérarchie classique éclate. Des fragments de chachachas et tangos fusionnent avec la  partition chorégraphique. Sur scène, les étoiles et les jeunes pousses se mêlent en solo, duo, trio, quator ou septuor. Dans un espace conçu comme une célébration du plaisir de danser.

Voir la vidéo de présentation par Brigitte Lefèvre

Ballet de l’Opéra – William Forsythe & Trisha Brown – à l’affiche jusqu’au 31 décembre au Palais Garnier